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25.04.2007

Ses trésors comestibles 2

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Elle est partie au milieu de l'après-midi. J'étais couché sur ce matelas couvert de livres. Je ne lis jamais moins de dix bouquins à la fois. Trois, quatre, centaines, par an ? Pas assez long, la durée d'une vie, pour apprécier ne fût-ce que la production d'une seule rentrée littéraire, dans un seul pays francophone. On appelle ça de la culture. Je me nourris, entre autres choses, de livres; ils se nourrissent de nous, elle m'affamait. Affalé, je bandais.

Nous avions passé trois heures, murmurant. Elle avait pleuré. Elle s'était habillée, puis assise, puis relevée, déshabilleé, elle avait parcouru plusieurs fois la pièce, le salon, le bureau, la chambre à nouveau. Elle se réfugia dans la salle de bain. Son corps ne trouverait pas le point d'insertion dans l'espace. Elle était foutue. Accroc. Rien qu'à y penser, elle en mouillait. De temps en temps, j'écartais ses cuisses pour humer son parfum. L’espace, nous le modelions, de nos corps.

Nulle symbiose contre laquelle l'on ne se battrait. On voudrait être libres mais... la possibilité d'admettre l'inéluctabilité de la pénétration de nos membres nous triturait les organes. Nous ne voulions pas tomber en amour. Nous voulions le déréglement, l'abondance, la licence. Nous mordillions les burnes du panurgisme ambiant.

Sous le poids de cette intolérable symbiose, nos chemins de sable se transmueraient peu à peu en Nil placide.

Pour l'instant, l'effervescence rongeait nos organes. Les grains de sa peau de faîne. Ses muscles longs et vipérins, flanqués de lentes hésitations, d'un lyrisme cosmique, s'écoulaient gracieusement. Sa carnation cannibale. Le magnétisme de nos esprits irradiant le silence de pulsions bestiales. Nous aurions dû nous pourlécher en voyant s'affronter nos navires d'infortunes plantés-là, au centre de nous-mêmes, pollués des champs des mines sombres de l'ennui que le spectacle mièvre de la fadeur des autres avait disséminé au hasard, sous la surface des océans de détresses, ceux des fous qui n'ont pas peur, comme tout le monde, de n'être rien.

Un silence franc et prospère qui vaut toutes les voyelles de la terre m'inondait de surdité paisible. J'aurais voulu tout perdre.


pierre duys


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Commentaires

Ah ! l'enfer de la passion...
Tout perdre ? Moi je garde le magnétisme et les pulsions bestiales.

Ecrit par : Cendre | 26.04.2007

Ainsi donc, j'en déduis que vous la pénétrâtes. Ma foi, cela est fort bien dit.

Ecrit par : fred_ | 26.04.2007

"les grains de sa peau de faîne" plus joli que la chair de poule et encore plus fort que le frisson. c'était un fantasme?

Ecrit par : Kath | 29.04.2007

non.

Ecrit par : pierre | 29.04.2007

Évidence de ton écriture. J'aime que tu laisses entre les mots, tout un espace de création - re-création - à mon imaginaire de lecteur.

Ecrit par : Yves | 30.04.2007

celle là elle touche !
merci.

Laisser de la place
au contraire de l'autorité
rendre créateur
l'imaginaire
intelligent

ce serait une politique

Ecrit par : pierre | 30.04.2007

Pierre président !

Ecrit par : cendre | 19.06.2008

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