04.05.2007

Les dauphins ivres

Tu te retrouves en déséquilibre, ta vie vacille, tu vas tout droit sous les ponts. Même si tu es d’ici, même si tu as la nationalité, tu en es arrivé à ce point et plus rien ne te permet de faire autrement que d’assumer la requête d’un droit, l’aide sociale. Et tu sens bien qu’on va te le reprocher. D’en être arrivé là. Tu es d’ores et déjà suspect. On ne tombe pas impunément.

Tu as fui ton pays, tu ne connais personne ici ou tu es d’ici mais personne ne peut ou ne veut plus t’aider, tu t’es laissé partir ou tu as fait ton possible ou un parcours confus s’est déroulé devant toi sans que tu ne puisses dire comment ni pourquoi, tu as tout perdu, tu as des mômes, tu ne peux plus les nourrir.

Tu as été abandonnée, maltraitée, tu ne sors plus de chez toi. Tes parents en ont assez ou tu n’as plus de parents ou ils sont loin, tu es ici pour les aider. Autant de circonstances toujours limites que d’individus. Des histoires que les autres ne veulent pas entendre. Pour cette bonne raison on les assemble sous un générique, la précarité. Boîte laconique dans l’esprit des gens, qui se propage en se nourrissant de divagations. Ne cherche surtout pas à te faire comprendre, on se chargera de bien te faire comprendre.

Des semaines que tu rechignes à y aller. Tu évalues les modalités. Tu n’es pas de ce monde mais tu pressens juste. Personne n’est de ce monde sinon les fonctionnaires qui te reçoivent. Tu dois y aller parce que la rue t’attend. Tu ne dors plus. Tu n’as plus de crédit. Si on t’appelle, tu dis que tout va de toute façon très bien. Tu te marres parce que tu sais qu’aimer c’est quand on n’a pas peur. Tu es en route pour t’inscrire au Centre Public d’Aide Sociale, CPAS, OCMW en néerlandais. Bien sûr, tu espères un peu. Il te manquera quelque chose, tu penses à un document, c’est pratiquement certain, tu te demandes lequel. Ce ne sera pas si facile.

Le bureau d’aide sociale de ton quartier se trouve au rez-de-chaussée d’un immeuble social que bordent des pelouses sociales au pied d’une voie ferrée asociale et surélevée. Tu actionnes la poignée de la double porte, une salle d’attente prolonge un couloir blanc, des pictogrammes colorés rythment les entrées au cas par cas. Une famille joue au hochet pour apaiser un petit qui braille. Un grunge blond très pâle feuillette une revue de motocyclettes. Les fauteuils au carré sont arrimés au sol devant la réception double vitrée. Au cas où quelqu’un voudrait se battre ? La végétation est punie dans deux pots bruns. Une pancarte invite à se présenter. La radio débite des airs syncopés. Des voix enjouées annoncent des catastrophes.

Tu sonnes, trois bonnes dames se marrent, l’une hausse la voix du journaliste, un jingle ordonne aux tympans d’écouter, tu attends. Tu esquisses un signe. Tu claques la vitre avec tes clés. On te fait savoir qu’on a compris et qu’on arrive. La radio annonce un accident mortel dans ce fameux tunnel au nom impraticable. Ambiance banquise exposant huit. La mine contrite se relève, glissant froidement la vitre, elle te sourit et te demande ce que tu veux. Sans blague ? Tu bredouilles, l’émotion, il fallait t’y attendre. On est là pour quoi, ici, à son avis, d’habitude ? Tu te vautres en ébauchant ton histoire. On t’écoute un peu puis on te demande des papiers. Tu ne comprends pas de quoi il s’agit. Oui, le VDAB, il faut être inscrit au VDAB pour obtenir un rendez-vous ici. Tu tentes de relier cet acronyme à quelque chose de connu, tu redemandes, tu ne recomprends pas, on te redonne une adresse et un horaire. Tu rempoches ton identité en dépassant la salle d’attente, on te rappelle : Êtes-vous inscrit à la Commune ? Non ! Ah mais, avant toute chose il faut y être inscrit. La Commune est à flanc de commissariat.





pierre duys

11:55 Ecrit par piotrevski dans Dauphins ivres - extraits | Commentaires (10)

Commentaires

faut-il que l'absurde régisse ainsi le monde, faut-il le vivre pour savoir ce que celà a d'humiliant, c'est comme se retrouver nu au milieu d'une foule empoulée...
j'ai comme des bouffées de memoires colériques mais je te bise Piotr histoire de m'apaiser

Ecrit par : lubna | 04.05.2007

tiens je vais me péter la tronche comme tes dauphins pour la peine , fallait pas réveiller ma mémoire ! ;o))

Ecrit par : lubna | 04.05.2007

Acronymes de bureaucrates
STNM Sans Toit Ni Manger
Les fouineurs d'identités
Demandent "T'é qui, prouve-le !" avant "T'as mal, bin où ça ?"


Le témoin payé à la fonction est apathique...
L’autre qui attend a les lombes creuses
Le ventre sur l’asphalte
Les dents levées vers l'horloge jaune
De la rage au je me retiens
Un soleil tombe de dédale en tac tic tac tic
L’affamé est plus pressé que le fonctionnaire
Mais c’est lui, qui écrira la plus vraie des ziks


Amorphes pousse-papiers
Z'ont les yeux moirées dans le formol
Bocal avec cloisons et escaliers
de 9 à 5
de 9 à 5
de 9 à 5
l’avis est le même : TES CARTES !
Ils classent et trient en contant moult banalités à l'heure de la pause
Leurs temps de pOse à débecter le laid l’odieux le monstre venu les mains tremblantes et sales les effrayer.

S.D.F Sans Documents Fournis
S.D.F. Sans Dodo Facile
S.D.F. Si Do Fa la guit et le tam tam sortent en charades de son coeur

Un jour le Ut
Une nuit sourd sans parole

Y’a qui restent, y’a qui crèvent sans qu’un chien arrive et jappe.

-T’as tes papiers paumé ? Nooon ???!!! Bin cache-toi dans la ruelle ou cherche en reniflant partout. Si tu survis, je te donne ton chèque. Hé !

Ecrit par : Nina louVe | 05.05.2007

On tape la vitre toute sa vie. Impuissance kafkaïenne et colère orwellienne. Dans la froideur aseptisée, dans l’humanité aride et le mépris inculte, les cœurs battent toujours !
L’Etat donne les clefs du système à ceux qui savent le fermer. Il ne leur a pas appris à l’ouvrir. Ce simple coup de poignet gripperait le verrou.

Ecrit par : Florian Laska | 05.05.2007

les gémissements de la louve à minuit sont des fruits que je mange matin, elle me rassasie de poésie, légère et souriante, si douce sous sa pelisse des bois... miam miam la louve.

Florian, du plaisir d'écrire pour des écrivains.

Ecrit par : pierre duys | 05.05.2007

Il n'est plus seul, il n'est pas seul, une poétesse politique, biiiip biiiiip, une poétesse politique, une louve en plus, pierre est content, pierre est content.

Ecrit par : pedro | 05.05.2007

il s'agit d'une louVe qui mord la patte menteuse du politicHien, qui grogne sans que l'amer lui tranche l'artère.

Ecrit par : Nina louVe | 05.05.2007

grrrrrrrr !

Ecrit par : pedro | 05.05.2007

Jet-skis autorisés, mais pas sur le sable

Les bourgmestres de la côte ont décidé de prendre des mesures radicales.

Dès ce samedi, la tolérance zéro sera de rigueur, à la côte belge, pour les jet-skis et autres scooters. Depuis le début de l'été, les bourgmestres du littoral ont en effet constaté que de nombreux adeptes de ces engins enfreignent sans vergogne la réglementation. En particulier la disposition interdisant tout départ depuis la plage.

Ce type de comportement met en effet en danger la vie des baigneurs. Plusieurs accidents graves ont ainsi eu lieu en France, ces dernières années. Redoutant que pareil drame se produise au large de leurs plages, les bourgmestres du littoral se sont réunis jeudi, sous la présidence du gouverneur de Flandre-Occidentale, Paul Breyne.

Devant l'incivilité manifeste des vacanciers, les bourgmestres ont décidé d'agir de manière draconienne. Dès ce samedi, les polices locales ainsi que la police maritime fédérale appliqueront donc une tolérance zéro vis-à-vis des conducteurs récalcitrants. Les zones placées sous très haute surveillance se situent entre Coxyde et Nieuport, entre Middelkerke et Ostende ainsi qu'entre Bredene et Blankenberge.

Concrètement, l'intervention des forces de l'ordre, en cas d'infraction, ne se limitera plus à un procès-verbal, éventuellement suivi d'une amende.

« Nous n'hésiterons pas à demander à la police de saisir les jet-skis et autres engins du même genre pris en flagrant délit », soulignent les bourgmestres de la côte. Qui s'empressent de rappeler que la pratique du jet-ski ou du scooter des mers n'est nullement interdite en Belgique... Il suffit en effet à leurs adeptes de partir d'un port, de ne pas s'approcher à moins de 200 mètres de la ligne de marée basse. Et, enfin, d'être parfaitement en règle avec la législation sur les bateaux de plaisance.


source : le Soir en ligne

Ecrit par : coco | 11.05.2007

abus de gloubiboulga ?

Ecrit par : piotr | 12.05.2007

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