21.08.2007

Les Dauphins ivres

Ici, quand on a des papiers et qu’on est visiblement ce que les allochtones appellent un flamand, c’est à dire un belge, donc un blanc, les clients se demandent tout de même un peu si on n’est pas tout simplement un flic. On communique d’un bord à l’autre des continents, on gomme les océans. Un couple russe tient une conférence virtuelle.

Un barbu entre. Sous le bras, des calligraphies de sourates encadrées sous verre. Les patrons palabrent. Leurs gestes disent non, non et non. Le barbu invoque Allah, il lève les bras vers le Très Haut. Je ne comprends pas ce qu’ils se disent mais ils n’en veulent pas. Le barbu, bredouille, s’en retourne.

Les internautes consultent des images de guerre. Certaines font fureur : clips de rappeuses américaines et otages égorgés, comme si d’en avoir vu faisait de toi un homme.
La guerre, au quotidien, on la commente en temps réel. On vient à plusieurs, on sait les bonnes adresses, on passe après les cours, on chatte, on se mitonne de légères érections.

Une panthère noire hippie clouée au comptoir se tortille. Survenue il y a six mois du Sénégal, elle rallume la savane soucieuse. Les clients rappliquent et la croisent et n’en croient pas leurs yeux. Il y a ceux qui osent un coup d’œil clandestin et les autres pour qui les torticolis guettent. Elle savoure, la panthère noire, ses interminables jambes montées sur pilotis. Elle ronronne derrière les verres fumés de ses lunettes rouges et insondables. Lèvres clignotantes sous langue de rosée, ses ongles rouges griffent le bois rouge du comptoir rouge. Elle parle rouge, elle rit rouge, la peinture se fissure, ses talons alpestres piétinent ma peau rosissante. Elle drague à mort la mine épanouie du patron.

Celui-ci ne dit ni non, ni oui non plus. Ils ont faim. Elle propose d’aller acheter une frite, un sandwich, une mitraillette ? Elle gagne du terrain. Une semaine passe. Ils palabrent encore. On les sent plus intimes, mais sans plus. La féline ne rit plus, elle rugit. La rue bondit. Elle se voit déjà à la caisse. Elle veut garder la boutique. Elle négocie des sous-entendus sardanapalesques avec dans les yeux des dollars. Le jeune homme, en toutes circonstances, reste souriant, il ne craque pas. Certes, il vit de douloureux pics de pression. Atteint au plus profond de sa tolérance physiologique, il se lève et sautille autour d’elle au ralenti. Moi, je le vois bien, quand il sautille, c’est un pinson. Elle aussi le voit. C’est pour cette raison qu’elle est encore là. La vie n’est-elle pas adorable ?

Un pas de côté, des rencontres en devenir, l’enfant veut un tour sur mon grand vélo.
 

13:55 Ecrit par piotrevski dans Dauphins ivres - extraits | Commentaires (9)

Commentaires

Et cette panthère... comme j'ai pu la voir... en douce... l'image projetée au fond du crâne. Pinaise !

Ecrit par : Plaiethore | 21.08.2007

t'es panthèrophile ?

t'sais tu m'inquiètes, en fait ?

Ecrit par : piotrevski | 21.08.2007

Roooooooooooooo hein !

;)

Ecrit par : Q Finger | 21.08.2007

tu vas me sortir un new gadget, inspecteur, n'est-ce pas ?!
genre un hélico culier ou une pompe à gorge !
je te connais, espèce d'hermaphrodite secondaire !

Ecrit par : piotrevski | 21.08.2007

dis donc Q, dois-je te conseiller de te rendre immédiatement chez mademoiselle K, ou alors je te file qq coups de tatane à ton cul en or ?

Ecrit par : piotrevski | 21.08.2007

Pas la tatane ! Pas la tatane ! criait l'enfant apeuré, se couvrant le Q de ses toutes petites mimines.

Je te ferais remarquer mon Cher que le créateur du gadget Q Finger, c'est toa.

Je me rendrai chez Mademoiselle K, bien sûr, et chez Marie B (qui est venue chez moi depuis chez toi, et chez CE, et...
Plus tard, mais tranquillement.

Ecrit par : Q Finger | 21.08.2007

ah ouais, toi t'es du genre à mettre des mois à descendre dans les alpes !
piano piano disait le concerto de bazar. bon très bien si tu le prends sur ce ton, je ne réponds plus de mes cheveux, miss Q, je tatane et tant pis pour toi !
Ma-rie B, elle fait la timide avec moi... alors j'ai l'impression que telle la fameuse requine verte de la meuse, elle tourne et tourne et retourne autour de mon pauvre corps avachi pour mieux me tomber dessus, à l'aube entre la poire et le fromage !

tout un programme.

Ecrit par : piotrevski | 21.08.2007

nan mais je voulais dire que c'est maintenant que ca se passe chez K, pas dans une semaine quoi...

Ecrit par : piotrevski | 21.08.2007

J'ai couru. La dorure toute effritée. 2 heures du matin. Plus de 200 commentaires chez Mademoiselle K. Suis arrivé trop tard, trop tôt, je ne sais plus. Du fiel en tartine en entrée et de la confiture aux bisous pour dessert. Me suis perdu. Me touche les fesses pour savoir si je n'ai pas été mordu au passage par là-bas.
Y retourne demain. Chais pas vraiment pourquoi... Demain je saurais, j'espère. Dodo.

Vous vrille amicalement les cheveux.

Ecrit par : Plaiethore | 22.08.2007

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