05.03.2009
Les maîtres du monde, une fois
Tout allait bringuebalant dans le mini royaume trafiquant d’armes et tout. Les lourds esprits bienpensants, ivres des parfums des Afriques femelles surtout, à peine expulsés — coupe-coupe, nuques, savanes, fauves fabuleux — ne se contenaient pas dans l’exiguïté métropolitaine. La dérive communiste de leurs jeunes les rendit déments. Le manque d’imagination tue. On vaquait aux affaires. On s’en foutait plein partout, administrant a minima, dans l’axe. Bœufs signés. Golden sixties mourantes. Chape. Pays au secret. Par les couilles. Et tu ne crois pas si bien le dire, mon gaillard. On flamandait, on wallonnait, Brussel bruxellait et bardaf ! Ca a été l’embardée fieu !
Chambre/Kamer. Commission d’enquête/Onderzoeks commissie. Huis-clos/Confidentiel. 1989.
M. Le Président : Cette séance se déroule à huis clos. Les noms des témoins que nous entendrons ne seront pas communiqués à la presse. Vous pouvez parler ouvertement et en toute franchise.
M. Le Président : Et qu’a-t-on trouvé ?
Gendarme Billet : Des relations avec pas mal de truands qui connaissaient l’armurier Lachaise qui a été attaqué et battu, des truands qui connaissent certaines victimes des « Tueries du Brabant wallon » qui ont vingt-huit morts officiellement, et plus en réalité. J’ai mis le tout dans les rapports confidentiels à l’intention du Juge Schlick qui se méfiait de certains avocats et peut-être de gens du palais de Justice même, je ne sais pas exactement. Il craignait les fuites. Il nous a demandé de faire des rapports confidentiels à la place des PV. Il les mettait dans une farde spéciale, pour lui seul. Je vous le dis honnêtement — je suis quand même gendarme — j’ai envoyé des copies à l’état-major et même à la PJ, en les numérotant. Puisqu’il y avait lieu de craindre des fuites, j’ai piégé les rapports, ce qui m’a été reproché.
M. Le Président : Quel genre de pièges ?
Gendarme Billet : Il s’agit de points, principalement.
M. Le Président : Pour savoir s’il y a eu des fuites… C’est à cause de cela que vous avez eu des problèmes ?
Gendarme Billet : Notamment.
M. Le Président : Cela nous intéresse. Nous avons déjà entendu certaines choses. Je commence à mieux comprendre la situation. Que s’est-il passé ? Le Procureur du Roi Depré aurait dit qu’il aurait votre peau ?
Gendarme Billet : Nous savions que nous devions faire attention parce que nous étions attaqués à cause des rapports.
Les enquêtes décochées aux dix-sept horizons, les enquêteurs et les juges qui pâtirent de leurs engagements, permirent de lever peu à peu le voile qui couvre ordinairement les offices souterrains de ceux que l’on s’évertue à assimiler aux « élites de la nation ».
Chambre/Kamer. Commission d’enquête/Onderzoeks commissie. Huis-clos/Confidentiel. 1989.
M. Le Président : Il y avait des gens qui savaient ce que contenaient ces rapports et qui voulaient se venger ou arrêter les enquêtes, c’est cela ?
Gendarme Billet : Oui. Certainement.
M. Le Président : Qui était-ce ?
Gendarme Billet : Difficile à dire avec précision. Nous avons été attaqués directement par nos supérieurs de la gendarmerie mais nous savions qu’il y avait quelqu’un derrière. Un jour, mon collègue a ouvert inopinément une farde pensant qu’il s’agissait de pièces à signer, il s’agissait de la photocopie d’une lettre de M. le Procureur du Roi Depré demandant si cela c’était passé comme prévu pour liquider le gendarme Ballefroid. Il s’agissait de nous virer de la BSR. Mon équipier a vite refermé la farde pour ne pas voir. Par ses accointances philosophiques, un autre collègue avait pas mal d’entrées qui nous ont beaucoup servi dans nos recherches. Tout au long de l’enquête, nous en étions arrivés à soupçonner les milieux d’extrême droite, principalement.
Lettre du docteur Pine au Juge de la Jeunesse. Contentieux : divorce. Monsieur le juge de la jeunesse, je tiens d’abord à vous remercier vivement pour les attentions que vous avez apportées à cette affaire. Il n’est pas douteux que si mon épouse et moi-même étions parvenus à nous réconcilier, ce serait principalement grâce à vos bons soins et à votre ténacité. Malheureusement, il n’en est rien et ce bien que dans votre cabinet j’ai cru un instant que la chose soit possible. Mais en fait, je le sais maintenant, Madame Jeune, mon épouse, ne conçoit une réconciliation que dans la mesure où j’accepte de participer à ses perversions sexuelles. J’ai beaucoup appris en seulement quelques jours sur mon épouse et son comportement. Depuis notre séparation, Madame Jeune ne compte plus le nombre de ses amants (masculins et féminins) et elle m’a même proposé de participer à des « ébats de groupe » ! Vous comprendrez aisément que dans ces conditions, j’estime devoir poursuivre ma procédure en divorce. Concernant les enfants, je ne puis accepter qu’ils soient confiés à Madame Jeune, qui est — je le maintiens fermement, et je suis psychiatre — une psychotique grave.
Histoire de divorce boule de neige : catalyseur des compromissions et chantages, abus de pouvoirs, terreurs, assassinats (balle dans la nuque) : deux tentatives de coup d’Etat. Toute la bassesse du monde. Implacable prédation. On croit ne voir cela qu’ailleurs : pays de bananes. On aurait en tête des bottes et des chiens. Ouais. Tu vois un peu une fois le tableau ? Un ciel sombre, plus sombre que le plus sombre des ciels gris qui engendrent les pendaisons en chaîne déchire une population dont on attend qu’à ce point secouée elle se lève mais non, les calculateurs eurent encore raison : le peuple majoritaire se jeta dans les bras du premier sauveur/vainqueur pointé, dents offertes, presque guilleret. Le peuple négligea, comme toujours, que le « sauveur » fut le bourreau, l’instant avant. Le peuple ne se retrouverait plus jamais dans les traits qu’on tirait de lui : glèbe bonne enfant qu’on aime bien mais de haut, d’humeur conviviale et pluvieuse, communautarismes hystériques, réalisme fantastique, ventres à bières et à briques et patates frites. Ce serait terreur et changement de régime pour tout le monde.
- Putain ouais ! Fric, production, au boulot fieu, on subventionne nos « bonnes œuvres », on laisse crever le reste, la stagnation fieu ! Le destin fieu ! Inch’ Allah fieu ! Le pognon, obligé, dans nos banques fieu ! Résultat ? Guerres, trafics, or, diamants, défonce, missiles, femmes, enfants, croissance et pouvoir total fieu ! On défonce la progéniture, des loques que ça devient, on les modèle, on se garde tout bien planqué dans nos coffres ; on jouit comme des brutes dans la télé devant leurs mesquins petits airs hagards — yachts et voyages dans l’espace fieu ! — et ben, les mecs, tu me crois pas si tu veux, non seulement ils paient leurs impôts à dates fixes mais ils s’occupent jamais que de leur salaire et de leur petite pension et aussi qu’y a un président noir fieu ! Il faut en arriver à assassiner leurs enfants pour qu’ils se mettent à défiler ! Pas de révolte fieu, non, de la dignité ils appellent ça : ils défilent encore et toujours pour quémander… Justice et Démocratie fieu ! Bien éduqués, pas vrai ? Ca fait pas peur ça ?
- La Trouille, fieu. Depuis l’aube du Temps. Tatataaa… La Trouille. Et avec les armes qu’on se fabrique aujourd’hui, fieu ! Et les caméras et tout !
Déposition du journaliste Gare. J’ai répondu à ce docteur Pine qui m’amenait l’affaire avec tous ces détails que cela ne m’intéressait pas, qu’elle relevait de la vie privée que je défends publiquement et avec force depuis des années. Ce médecin est revenu à plusieurs reprises avec de nouveaux éléments, jusqu’au jour où il a parlé de mineurs emmenés par un Juge de la Jeunesse. Je lui demandai s’il avait des preuves matérielles ou des témoins. Il m’a proposé de rencontrer des personnes présentes. Les informations que j’ai reçues m’ont motivé à commencer une enquête. C’est ainsi que j’ai rencontré des témoins. Ces personnes m’ont été présentées par le docteur Pine.
- Ouais. J’ai vu ça dans le film sur Neandertal, tu connais ? Et, fieu, j’ai compris ! Le premier connard qui a eu les couilles de bluffer tout le monde en arrachant le pouvoir en flinguant le chef en stoemelings et en se mettant sa peau de lapin fétiche sur la tête pour niquer toutes les bonnes femmes et ben, tu me crois si tu veux — et c’est du poker avant la lettre, mec ! — il était pas fier avec sa petite lance de merde et son gourdin entre les jambes et il sentait bien qu’il allait se prendre la raclée de sa vie et tout le clan sur sa gueule et qu’il allait se faire buter mais pas du tout, il s’est retrouvé comme un con avec sa peau de lapin sur la tête fieu, tout étonné, apercevant à quel point les autres se couchent pour un rien fieu. Et les gonzesses fieu !
- Ouais, the world is ours, mec !
Déposition du docteur Pine. Gare, le journaliste, a décidé d’organiser un dîner auquel partie prenaient lui-même, D’or, Berek et moi. Gare enregistrait, fait ignoré de D’or mais connu de Berek et moi. Gare a été présenté à D’or comme étant un cousin de Berek et un vieil ami à moi. Lors de ce repas, D’or a précisé que les épouses des gens cités ne participaient pas aux parties fines qui avaient lieu un vendredi sur deux. Elle a même proposé à Gare d’y assister, ignorant qu’il était journaliste et que la conversation était enregistrée. D’or a précisé sournoisement qu’on lui avait dit que le Juge Agnès avait dit qu’il serait peut-être temps que moi, je m’occupe de mes affaires, sinon j’aurais de graves ennuis à cause du reste. Auraient participé aux partouzes : le Prince royal, le Général de Gendarmerie Sourire, le nommé Blate des entreprises de construction du même nom, le Juge de la Jeunesse Agnès, un homme d’affaire italien très proche de la famille royale, des ministres d’Etat (elle en a vu au moins deux mais elle a entendu d’autres noms), flics, truands, etc. Elle a parlé d’une certaine Tania, sans certitude sur le nom, qui dirige un réseau international de call-girls à Bruxelles, travaillant souvent pour le Ministre de la Défense, le très célèbre Paul Boeteman.
Suite déposition du docteur Pine. D’or a vu le Juge Agnès au golf du Bercuit lors d’une des partouzes. Il avait l’air triste. Elle lui a offert du whisky. Elle a précisé que ces partouzes se terminaient chez le docteur Bette ou à la côte belge du côté de Knokke ou à Ixelles, rue Gachard, 64, 66 ou 68. Lors des partouzes organisées chez le docteur Bette, les participants étaient conviés à signer un « livre d’or ». Des personnalités telles que les ministres biens connus Bateau, un liégeois, et Boeteman, le bruxellois, signaient ce livre de leur nom, sans pseudonyme. Elle pense qu’ils voulaient crâner. D’or affirme s’être inscrite sous un faux nom dans le livre d’or. D’or a dit que mon épouse, lors de ces partouzes, était surnommée « Anne La Folle » en raison de son comportement « bizarre ». J’ai demandé à madame D’or si des mineurs avaient participé à ces partouzes. Elle a dit que des mineurs leur étaient amenés par le juge de la Jeunesse, qu’ils étaient des « enfants du Juge ». Elle a ajouté que suite à ces partouzes deux enfants du Juge s’étaient « suicidés » et que l’un d’eux était « pourtant récupérable » et qu’elle trouvait cela « dégueulasse ». Puis elle a parlé du décès d’une participante, madame Croque, morte au volant de sa voiture sur l’autoroute de Zaventem, une nuit. Elle a dit que cela remontait à fin 1979. Parce que son mari pétait les plombs et qu’elle allait parler. Elle a dit, et c’est enregistré, que le Prince Albrecht aurait dit au juge de la Jeunesse qu’il ne devait pas s’en faire tant pour l’affaire de madame Croque que pour celle des mineurs, qu’il était « couvert ». D’or a donné des précisions sur les raisons des « suicides » des mineurs, en affirmant que, après qu’ils aient connu des femmes, le Juge de la Jeunesse Agnès n’avait plus voulu qu’ils participent à ces partouzes. Elle a affirmé que la mort de Croque avait été organisée par le docteur Bette et, pour autant que je m’en souvienne, par le ministre Bateau. Le tout a été préparé au départ du domicile du docteur Bette. Ils l’ont droguée et fait boire.
- Moi, j’ai la faiblesse de croire que lorsque les gens s’occupent de la couleur de leurs ongles, des dernières conneries télévisées, de la cylindrée des robots sexuels et des bagnoles, ils ne s’occupent pas de politique ni de se foutre sur la gueule et tout, et ça… ça me rassure.
- Ouais… Sauf que des connards mystico totalitaires tendance lavage de cervelle en chaîne, pendant ce temps-là, sortent de leurs trous pour dire des trucs du genre : « Notre but est de nous emparer de chaque poste qui puisse nous amener au pouvoir ». Et se mettent à recruter comme des blattes.
- Cavaliere ?
- Non.
- Sarkozy ?
- Non. Escrivà de Balaguer. Opus Dei. Peut-être un parent de son ex-femme. Citation : « Le monde existe grâce à ces trois ou quatre mille personnes qui forment une élite internationale mais qui ne discutent pas toujours de politique. On discute bien sûr de la politique avec un grand P mais pas des petites (fractions) politiques. Le Cercle des Nations peut se targuer de compter parmi ses rangs trois ou quatre mille de ces personnes-là ». Et le Cercle des Nations est où ? A Bruxelles fieu. Y’a pas de hasard.
- Tu crois qu’on est infiltré, franchement ? Je ne vois pas le rapport avec le divorce du docteur Pine !
- Mais wé, de partout fieu ! Cette affaire de divorce, c’est l’aubaine : diversion, levier, un prince royal pris aux couilles, photos, vidéos, tout devient possible. Choisis ton camp, the hunt is open, mec ! La femme du docteur était, entre autre, la maîtresse d’un agent double de la Sûreté, le Colonel Canard ! Le même qui infiltrera plus tard des connards de néo-nazis pour en faire des assassins. Trafics, services, chantages. Classique. La politique, fieu ! L’Empire, le monde. Capitale de l’Europe. Base des Forces Atlantiques. Otto Von Habs, les Loges, les aristos, les cathos tradis, ces malades égotiques de « chevaliers » mégalo, Malte, Opus, Katanga, diamant, came, armes, business, la totale quoi ! Et puis t’écoutes les discours de fin d’années du palais, dégoulinant de bons sentiments pour les faibles et le peuple, et tu te marres fieu ! Ou tu pleures. Y’a pas que les Français qui sont des veaux fieu !
Déposition du docteur Pine. A la fin du mois de juin 1981, Gare a dit être très ennuyé car cette affaire avait fait le tour de Bruxelles. Il a précisé qu’il savait que je n’étais pas à l’origine des fuites mais qu’elles étaient gênantes pour deux raisons : pour l’enquête qu’il devait faire, et il craignait qu’on empêche par tous les moyens la publication des résultats, si celle-ci aboutissait.
Enquête Brigade de Sécurité et de Recherche, BSR. Dès le 10 juillet 1981, Monsieur Gare, interrogé quant aux mobiles de l’attentat contre son journal par des membre d’une milice néonazie, signale avoir reçu la visite du Docteur Pine qui lui révéla son affaire de divorce. Le journal Pour, qui détenait des informations, aurait flambé sous un incendie criminel peut-être organisé par la Sûreté de l’Etat. Mobile : faire disparaître archives et preuves.
Déposition, journaliste Gare. Le juge Agnès a fait une dépression nerveuse, il restait inaccessible. Mais en fait, il était lié à ces affaires de mœurs avec le ministre de la Défense et des mineurs d’âge, au point que le Juge a donné sa démission au Procureur du Roi Depré, qui lui a refusé. Lors d’un entretien téléphonique, D’or a parlé de Croque qui aurait été victime (mortelle) d’un accident de voiture. La voiture en question aurait été sabotée. Lors d’une des partouzes ultérieure à cet « accident », D’or affirme avoir entendu le Juge Agnès en parler et depuis un an les participants à ces parties fines semblent avoir peur. D’or a parlé du « suicide » de deux mineurs antérieur à l’accident de Madame Croque. Lors des partouzes elle s’était étonnée de la présence de ces mineurs et il lui avait été répondu qu’il fallait bien que ces mineurs d’âge apprennent un jour !
Déposition de Madame Jeune, mariée Pine. Je suis victime de la mythomanie calomnieuse de mon époux qui utilise ce moyen pour me causer du tort dans la procédure de divorce qui nous oppose. Il cherche tous les moyens pour me nuire et récupérer les enfants. Il a clairement dit, à ma mère, dans le passé, qu’il me colloquerait. Mon mari, qui est neuropsychiatre, m’a fait suivre pendant neuf ans un traitement anti-épileptique sans que jamais je n’ai souffert d’épilepsie. Depuis notre séparation, je me suis soumise à des examens neurologiques qui n’ont rien déterminé. En ce qui concerne les parties fines, je peux vous assurer de la façon la plus formelle que je n’ai jamais assisté à de telles « partouzes ». Quant à mon mari, tout dans son comportement antérieur laisse supposer que sa participation à des faits de ce genre l’agréerait. Pour conclure, je ne peux vous apporter aucun renseignement quant aux auteurs de l’incendie volontaire dont a été victime le journal Pour. Je suis, en tous cas, tout à fait étrangère à ces faits. Dont acte. (to be continued)
Chambre/Kamer. Commission d’enquête/Onderzoeks commissie. Huis-clos/Confidentiel. 1989.
M. Le Président : Cette séance se déroule à huis clos. Les noms des témoins que nous entendrons ne seront pas communiqués à la presse. Vous pouvez parler ouvertement et en toute franchise.
M. Le Président : Et qu’a-t-on trouvé ?
Gendarme Billet : Des relations avec pas mal de truands qui connaissaient l’armurier Lachaise qui a été attaqué et battu, des truands qui connaissent certaines victimes des « Tueries du Brabant wallon » qui ont vingt-huit morts officiellement, et plus en réalité. J’ai mis le tout dans les rapports confidentiels à l’intention du Juge Schlick qui se méfiait de certains avocats et peut-être de gens du palais de Justice même, je ne sais pas exactement. Il craignait les fuites. Il nous a demandé de faire des rapports confidentiels à la place des PV. Il les mettait dans une farde spéciale, pour lui seul. Je vous le dis honnêtement — je suis quand même gendarme — j’ai envoyé des copies à l’état-major et même à la PJ, en les numérotant. Puisqu’il y avait lieu de craindre des fuites, j’ai piégé les rapports, ce qui m’a été reproché.
M. Le Président : Quel genre de pièges ?
Gendarme Billet : Il s’agit de points, principalement.
M. Le Président : Pour savoir s’il y a eu des fuites… C’est à cause de cela que vous avez eu des problèmes ?
Gendarme Billet : Notamment.
M. Le Président : Cela nous intéresse. Nous avons déjà entendu certaines choses. Je commence à mieux comprendre la situation. Que s’est-il passé ? Le Procureur du Roi Depré aurait dit qu’il aurait votre peau ?
Gendarme Billet : Nous savions que nous devions faire attention parce que nous étions attaqués à cause des rapports.
Les enquêtes décochées aux dix-sept horizons, les enquêteurs et les juges qui pâtirent de leurs engagements, permirent de lever peu à peu le voile qui couvre ordinairement les offices souterrains de ceux que l’on s’évertue à assimiler aux « élites de la nation ».
Chambre/Kamer. Commission d’enquête/Onderzoeks commissie. Huis-clos/Confidentiel. 1989.
M. Le Président : Il y avait des gens qui savaient ce que contenaient ces rapports et qui voulaient se venger ou arrêter les enquêtes, c’est cela ?
Gendarme Billet : Oui. Certainement.
M. Le Président : Qui était-ce ?
Gendarme Billet : Difficile à dire avec précision. Nous avons été attaqués directement par nos supérieurs de la gendarmerie mais nous savions qu’il y avait quelqu’un derrière. Un jour, mon collègue a ouvert inopinément une farde pensant qu’il s’agissait de pièces à signer, il s’agissait de la photocopie d’une lettre de M. le Procureur du Roi Depré demandant si cela c’était passé comme prévu pour liquider le gendarme Ballefroid. Il s’agissait de nous virer de la BSR. Mon équipier a vite refermé la farde pour ne pas voir. Par ses accointances philosophiques, un autre collègue avait pas mal d’entrées qui nous ont beaucoup servi dans nos recherches. Tout au long de l’enquête, nous en étions arrivés à soupçonner les milieux d’extrême droite, principalement.
Lettre du docteur Pine au Juge de la Jeunesse. Contentieux : divorce. Monsieur le juge de la jeunesse, je tiens d’abord à vous remercier vivement pour les attentions que vous avez apportées à cette affaire. Il n’est pas douteux que si mon épouse et moi-même étions parvenus à nous réconcilier, ce serait principalement grâce à vos bons soins et à votre ténacité. Malheureusement, il n’en est rien et ce bien que dans votre cabinet j’ai cru un instant que la chose soit possible. Mais en fait, je le sais maintenant, Madame Jeune, mon épouse, ne conçoit une réconciliation que dans la mesure où j’accepte de participer à ses perversions sexuelles. J’ai beaucoup appris en seulement quelques jours sur mon épouse et son comportement. Depuis notre séparation, Madame Jeune ne compte plus le nombre de ses amants (masculins et féminins) et elle m’a même proposé de participer à des « ébats de groupe » ! Vous comprendrez aisément que dans ces conditions, j’estime devoir poursuivre ma procédure en divorce. Concernant les enfants, je ne puis accepter qu’ils soient confiés à Madame Jeune, qui est — je le maintiens fermement, et je suis psychiatre — une psychotique grave.
Histoire de divorce boule de neige : catalyseur des compromissions et chantages, abus de pouvoirs, terreurs, assassinats (balle dans la nuque) : deux tentatives de coup d’Etat. Toute la bassesse du monde. Implacable prédation. On croit ne voir cela qu’ailleurs : pays de bananes. On aurait en tête des bottes et des chiens. Ouais. Tu vois un peu une fois le tableau ? Un ciel sombre, plus sombre que le plus sombre des ciels gris qui engendrent les pendaisons en chaîne déchire une population dont on attend qu’à ce point secouée elle se lève mais non, les calculateurs eurent encore raison : le peuple majoritaire se jeta dans les bras du premier sauveur/vainqueur pointé, dents offertes, presque guilleret. Le peuple négligea, comme toujours, que le « sauveur » fut le bourreau, l’instant avant. Le peuple ne se retrouverait plus jamais dans les traits qu’on tirait de lui : glèbe bonne enfant qu’on aime bien mais de haut, d’humeur conviviale et pluvieuse, communautarismes hystériques, réalisme fantastique, ventres à bières et à briques et patates frites. Ce serait terreur et changement de régime pour tout le monde.
- Putain ouais ! Fric, production, au boulot fieu, on subventionne nos « bonnes œuvres », on laisse crever le reste, la stagnation fieu ! Le destin fieu ! Inch’ Allah fieu ! Le pognon, obligé, dans nos banques fieu ! Résultat ? Guerres, trafics, or, diamants, défonce, missiles, femmes, enfants, croissance et pouvoir total fieu ! On défonce la progéniture, des loques que ça devient, on les modèle, on se garde tout bien planqué dans nos coffres ; on jouit comme des brutes dans la télé devant leurs mesquins petits airs hagards — yachts et voyages dans l’espace fieu ! — et ben, les mecs, tu me crois pas si tu veux, non seulement ils paient leurs impôts à dates fixes mais ils s’occupent jamais que de leur salaire et de leur petite pension et aussi qu’y a un président noir fieu ! Il faut en arriver à assassiner leurs enfants pour qu’ils se mettent à défiler ! Pas de révolte fieu, non, de la dignité ils appellent ça : ils défilent encore et toujours pour quémander… Justice et Démocratie fieu ! Bien éduqués, pas vrai ? Ca fait pas peur ça ?
- La Trouille, fieu. Depuis l’aube du Temps. Tatataaa… La Trouille. Et avec les armes qu’on se fabrique aujourd’hui, fieu ! Et les caméras et tout !
Déposition du journaliste Gare. J’ai répondu à ce docteur Pine qui m’amenait l’affaire avec tous ces détails que cela ne m’intéressait pas, qu’elle relevait de la vie privée que je défends publiquement et avec force depuis des années. Ce médecin est revenu à plusieurs reprises avec de nouveaux éléments, jusqu’au jour où il a parlé de mineurs emmenés par un Juge de la Jeunesse. Je lui demandai s’il avait des preuves matérielles ou des témoins. Il m’a proposé de rencontrer des personnes présentes. Les informations que j’ai reçues m’ont motivé à commencer une enquête. C’est ainsi que j’ai rencontré des témoins. Ces personnes m’ont été présentées par le docteur Pine.
- Ouais. J’ai vu ça dans le film sur Neandertal, tu connais ? Et, fieu, j’ai compris ! Le premier connard qui a eu les couilles de bluffer tout le monde en arrachant le pouvoir en flinguant le chef en stoemelings et en se mettant sa peau de lapin fétiche sur la tête pour niquer toutes les bonnes femmes et ben, tu me crois si tu veux — et c’est du poker avant la lettre, mec ! — il était pas fier avec sa petite lance de merde et son gourdin entre les jambes et il sentait bien qu’il allait se prendre la raclée de sa vie et tout le clan sur sa gueule et qu’il allait se faire buter mais pas du tout, il s’est retrouvé comme un con avec sa peau de lapin sur la tête fieu, tout étonné, apercevant à quel point les autres se couchent pour un rien fieu. Et les gonzesses fieu !
- Ouais, the world is ours, mec !
Déposition du docteur Pine. Gare, le journaliste, a décidé d’organiser un dîner auquel partie prenaient lui-même, D’or, Berek et moi. Gare enregistrait, fait ignoré de D’or mais connu de Berek et moi. Gare a été présenté à D’or comme étant un cousin de Berek et un vieil ami à moi. Lors de ce repas, D’or a précisé que les épouses des gens cités ne participaient pas aux parties fines qui avaient lieu un vendredi sur deux. Elle a même proposé à Gare d’y assister, ignorant qu’il était journaliste et que la conversation était enregistrée. D’or a précisé sournoisement qu’on lui avait dit que le Juge Agnès avait dit qu’il serait peut-être temps que moi, je m’occupe de mes affaires, sinon j’aurais de graves ennuis à cause du reste. Auraient participé aux partouzes : le Prince royal, le Général de Gendarmerie Sourire, le nommé Blate des entreprises de construction du même nom, le Juge de la Jeunesse Agnès, un homme d’affaire italien très proche de la famille royale, des ministres d’Etat (elle en a vu au moins deux mais elle a entendu d’autres noms), flics, truands, etc. Elle a parlé d’une certaine Tania, sans certitude sur le nom, qui dirige un réseau international de call-girls à Bruxelles, travaillant souvent pour le Ministre de la Défense, le très célèbre Paul Boeteman.
Suite déposition du docteur Pine. D’or a vu le Juge Agnès au golf du Bercuit lors d’une des partouzes. Il avait l’air triste. Elle lui a offert du whisky. Elle a précisé que ces partouzes se terminaient chez le docteur Bette ou à la côte belge du côté de Knokke ou à Ixelles, rue Gachard, 64, 66 ou 68. Lors des partouzes organisées chez le docteur Bette, les participants étaient conviés à signer un « livre d’or ». Des personnalités telles que les ministres biens connus Bateau, un liégeois, et Boeteman, le bruxellois, signaient ce livre de leur nom, sans pseudonyme. Elle pense qu’ils voulaient crâner. D’or affirme s’être inscrite sous un faux nom dans le livre d’or. D’or a dit que mon épouse, lors de ces partouzes, était surnommée « Anne La Folle » en raison de son comportement « bizarre ». J’ai demandé à madame D’or si des mineurs avaient participé à ces partouzes. Elle a dit que des mineurs leur étaient amenés par le juge de la Jeunesse, qu’ils étaient des « enfants du Juge ». Elle a ajouté que suite à ces partouzes deux enfants du Juge s’étaient « suicidés » et que l’un d’eux était « pourtant récupérable » et qu’elle trouvait cela « dégueulasse ». Puis elle a parlé du décès d’une participante, madame Croque, morte au volant de sa voiture sur l’autoroute de Zaventem, une nuit. Elle a dit que cela remontait à fin 1979. Parce que son mari pétait les plombs et qu’elle allait parler. Elle a dit, et c’est enregistré, que le Prince Albrecht aurait dit au juge de la Jeunesse qu’il ne devait pas s’en faire tant pour l’affaire de madame Croque que pour celle des mineurs, qu’il était « couvert ». D’or a donné des précisions sur les raisons des « suicides » des mineurs, en affirmant que, après qu’ils aient connu des femmes, le Juge de la Jeunesse Agnès n’avait plus voulu qu’ils participent à ces partouzes. Elle a affirmé que la mort de Croque avait été organisée par le docteur Bette et, pour autant que je m’en souvienne, par le ministre Bateau. Le tout a été préparé au départ du domicile du docteur Bette. Ils l’ont droguée et fait boire.
- Moi, j’ai la faiblesse de croire que lorsque les gens s’occupent de la couleur de leurs ongles, des dernières conneries télévisées, de la cylindrée des robots sexuels et des bagnoles, ils ne s’occupent pas de politique ni de se foutre sur la gueule et tout, et ça… ça me rassure.
- Ouais… Sauf que des connards mystico totalitaires tendance lavage de cervelle en chaîne, pendant ce temps-là, sortent de leurs trous pour dire des trucs du genre : « Notre but est de nous emparer de chaque poste qui puisse nous amener au pouvoir ». Et se mettent à recruter comme des blattes.
- Cavaliere ?
- Non.
- Sarkozy ?
- Non. Escrivà de Balaguer. Opus Dei. Peut-être un parent de son ex-femme. Citation : « Le monde existe grâce à ces trois ou quatre mille personnes qui forment une élite internationale mais qui ne discutent pas toujours de politique. On discute bien sûr de la politique avec un grand P mais pas des petites (fractions) politiques. Le Cercle des Nations peut se targuer de compter parmi ses rangs trois ou quatre mille de ces personnes-là ». Et le Cercle des Nations est où ? A Bruxelles fieu. Y’a pas de hasard.
- Tu crois qu’on est infiltré, franchement ? Je ne vois pas le rapport avec le divorce du docteur Pine !
- Mais wé, de partout fieu ! Cette affaire de divorce, c’est l’aubaine : diversion, levier, un prince royal pris aux couilles, photos, vidéos, tout devient possible. Choisis ton camp, the hunt is open, mec ! La femme du docteur était, entre autre, la maîtresse d’un agent double de la Sûreté, le Colonel Canard ! Le même qui infiltrera plus tard des connards de néo-nazis pour en faire des assassins. Trafics, services, chantages. Classique. La politique, fieu ! L’Empire, le monde. Capitale de l’Europe. Base des Forces Atlantiques. Otto Von Habs, les Loges, les aristos, les cathos tradis, ces malades égotiques de « chevaliers » mégalo, Malte, Opus, Katanga, diamant, came, armes, business, la totale quoi ! Et puis t’écoutes les discours de fin d’années du palais, dégoulinant de bons sentiments pour les faibles et le peuple, et tu te marres fieu ! Ou tu pleures. Y’a pas que les Français qui sont des veaux fieu !
Déposition du docteur Pine. A la fin du mois de juin 1981, Gare a dit être très ennuyé car cette affaire avait fait le tour de Bruxelles. Il a précisé qu’il savait que je n’étais pas à l’origine des fuites mais qu’elles étaient gênantes pour deux raisons : pour l’enquête qu’il devait faire, et il craignait qu’on empêche par tous les moyens la publication des résultats, si celle-ci aboutissait.
Enquête Brigade de Sécurité et de Recherche, BSR. Dès le 10 juillet 1981, Monsieur Gare, interrogé quant aux mobiles de l’attentat contre son journal par des membre d’une milice néonazie, signale avoir reçu la visite du Docteur Pine qui lui révéla son affaire de divorce. Le journal Pour, qui détenait des informations, aurait flambé sous un incendie criminel peut-être organisé par la Sûreté de l’Etat. Mobile : faire disparaître archives et preuves.
Déposition, journaliste Gare. Le juge Agnès a fait une dépression nerveuse, il restait inaccessible. Mais en fait, il était lié à ces affaires de mœurs avec le ministre de la Défense et des mineurs d’âge, au point que le Juge a donné sa démission au Procureur du Roi Depré, qui lui a refusé. Lors d’un entretien téléphonique, D’or a parlé de Croque qui aurait été victime (mortelle) d’un accident de voiture. La voiture en question aurait été sabotée. Lors d’une des partouzes ultérieure à cet « accident », D’or affirme avoir entendu le Juge Agnès en parler et depuis un an les participants à ces parties fines semblent avoir peur. D’or a parlé du « suicide » de deux mineurs antérieur à l’accident de Madame Croque. Lors des partouzes elle s’était étonnée de la présence de ces mineurs et il lui avait été répondu qu’il fallait bien que ces mineurs d’âge apprennent un jour !
Déposition de Madame Jeune, mariée Pine. Je suis victime de la mythomanie calomnieuse de mon époux qui utilise ce moyen pour me causer du tort dans la procédure de divorce qui nous oppose. Il cherche tous les moyens pour me nuire et récupérer les enfants. Il a clairement dit, à ma mère, dans le passé, qu’il me colloquerait. Mon mari, qui est neuropsychiatre, m’a fait suivre pendant neuf ans un traitement anti-épileptique sans que jamais je n’ai souffert d’épilepsie. Depuis notre séparation, je me suis soumise à des examens neurologiques qui n’ont rien déterminé. En ce qui concerne les parties fines, je peux vous assurer de la façon la plus formelle que je n’ai jamais assisté à de telles « partouzes ». Quant à mon mari, tout dans son comportement antérieur laisse supposer que sa participation à des faits de ce genre l’agréerait. Pour conclure, je ne peux vous apporter aucun renseignement quant aux auteurs de l’incendie volontaire dont a été victime le journal Pour. Je suis, en tous cas, tout à fait étrangère à ces faits. Dont acte. (to be continued)
pierre duys
15:32 Ecrit par piotrevski dans Essaimage | Commentaires (6)






Commentaires
allumeur !
Ecrit par : niki | 06.03.2009
Qui ?
Ecrit par : Major Boudin | 13.03.2009
S'il te plaît, n'efface rien pas le temps de le lire ce soir mais j'y reviens
Ecrit par : Phantom of Ben Gazzara | 16.03.2009
seulement si tu remets le tien, na-na-nère !
Ecrit par : piotrevski | 17.03.2009
t'es qu'on osédé Piotr, allez pour te faire plaisir je fais ça demain, je te la remets ta Cagoule
Ecrit par : Phantom of Ben Gazzara | 17.03.2009
Qui viendra à bout de ces Hydres concupiscentes, meurtrières, puissantes et compromises...
Continue à jeter tes ponts de lumière au dessus de ces gouffres obscurs, Pierre.
Ecrit par : Sophie K. | 22.03.2009
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