29.08.2007

Le marxisme et l'Occident vus par un chef indien

TOUJOURS LA MEME RENGAINE
onzième et dernière partie

lire depuis le début

Par Russel Means

En termes marxistes, je suppose que je suis un «nationaliste culturel». En premier lieu, je travaille avec mon peuple, le peuple traditionnel lakota, parce que nous avons une vision du monde commune et que nous partageons le même combat immédiat. Au-delà, je travaille avec les autres peuples traditionnels amérindiens, à nouveau à cause de notre communauté dans la vision du monde et dans la forme de la lutte. Au delà, je travaille avec quiconque a une expérience de l'oppression coloniale occidentale et qui résiste à l'Occident dans sa totalité culturelle et industrielle. Évidemment, cela inclut de « purs Européens » qui luttent pour résister aux normes dominantes de la culture occidentale: les Irlandais et les Basques me viennent immédiatement à l'esprit, mais il y en a beaucoup d'autres. Je travaille en premier lieu avec mon propre peuple, avec ma propre communauté. Les autres peuples qui ont des projets non occidentalisés doivent faire de même. Je ne me proclame pas capable d'assumer effectivement les combats de la communauté noire à Walls ou à Newark. Et je n'attends pas d'un militant de ces communautés noires qu'il soit particulièrement efficace dans les luttes quotidiennes du peuple lakota. Chaque communauté peut et doit construire sur la base de sa propre identité culturelle. C'est notre force et la source de notre vision du monde, une vision qui nous pousse à résister à l'industrialisation issue de la culture occidentale. C'est celle vision du monde qui nous autorise à nous rassembler, à nous allier à d'autres, à mettre en commun nos forces et nos ressources pour résister à la culture mortifère occidentale, tout en gardant nos propres identités d'êtres humains.

Je crois au slogan «Faisons confiance à nos frères », quoique j'aimerais ajouter les soeurs dans la balance. J'ai confiance dans la vision du monde fondée sur la communauté et les cultures de tous les groupes ethniques, les nations qui spontanément résistent à l'industrialisation et à l'extinction de l'humanité. Évidemment, des individus « blancs» peuvent partager cela avec nous, à condition qu'ils aient atteint la connaissance que la continuation des impératifs industriels de l'Occident n'est pas une vue de l'esprit, mais un suicide pour l'cspèce humaine. Le blanc est une des couleurs sacrées du peuple lakota : rouge, jaune, blanc et noir. Les quatre points cardinaux. Les quatre saisons. Les quatre périodes de la vie et de l'âge. Les quatre races de l'humanité. Mélangez du rouge, du jaune, du blanc et du noir, ensemble et vous obtenez du brun, la couleur de la cinquième race. Cela est dans l'ordre naturel des choses. C'est pourquoi il me semble naturel que toutes les races travaillent ensemble, chacune conservant ses propres significations, identité et message.

Mais les « Européens» ont une conduite particulière. Dès que je commence à critiquer l'Europe (ou l'Occident) et son impact sur les autres cultures, ils sont sur la défensive. Ils commencent à se défendre eux-mêmes. Mais je ne suis pas en train de les accuser individuellement. J'attaque l'Oceident. En personnalisant mes observations sur l'Occident, ils personnalisent la culture occidentale, en s'y identiGant eux-mêmes, et en se défendant de la sorte, ils ne font Gnalement que défendre cette culture mortifère. C'est une confusion qui doit être dépassée et vite. Aucun d'entre nous n'a d'énergie à perdre dans de tels faux combats.

Les Européens ont une vision plus positive à offrir à l'humanité que la culture occidentale, je le crois. Mais pour se réapproprier cette vision du monde, il kur est nécessaire de s'extraire pour un temps de la culture occidentale - du côté du reste de l'humanité _ pour regarder l'Occident pour ce qu'il est et ce qu'il fait. Se rattacher au capitalisme, au marxisme et autres « ismes » équivaut simplement à rester dans le cadre de la culturc occidentale. On n'échappe pas à ce fait fondamental! Comme tout fait, cela correspond à un choix. Comprenez que le choix est fondé sur le mode de pensée et non sur la race. Comprencz que choisir la culture occidentale et l'industrialisme équivaut à choisir d'être mon enncmi. Ce choix est le vôtre, ce n'est pas le mien.

Cela me ramène à ceux des Amérindiens qui dérivent dans cs univcrsités, les taudis des villes et autres institutions occidentales. Si vous y êtes pour apprendre à résister à l'oppresseur en accord avec vos voies traditionnelles, alors restez-y! le ne sais pas comment vous vous débrouillez pour combiner les deux facteurs, mais vous réussirez peut-être. Mais n'oubliez pas votre perception de la réalité. Faites attention à ne pas commencer à penser que c monde blanc offre aujourd'hui des solutions aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Faites attention aussi à ce que cs mots employés par cs peuples autochtones ne soient pas tournés à l'avantage de nos ennemis. L'Occident a inventé la pratique de retourner le sens des mots. Vous devriez seulement considérer cs traités établis entre les peuples amérindiens et les différents gouvernements européens, ou d'origine européenne pour savoir ee qu'est la vérité des faits. Tirez votre force de votre identité.

Le renversement des mots va bon train aujourd'hui, cela ne s'est jamais arrêté. C'est pourquoi lorsque j'ai pris la paroc à Genève, en Suisse, au sujet de la colonisation des peuples autochtones dans cette partie de l'Amérique de l'hémisphère Nord, j'ai été faussement présenté comme un « gauchiste» par certains militants blancs. C'est pourquoi certains idiots sont crus par quelques têtes vides lorsqu'ils désignent les militants indiens comme « marxistes-léninistes ». C'est pourquoi certains groupes de la gauche « blanche » croient qu'ils partagent nos valeurs tout en rejetant en pratique ces mêmes valeurs à chaque tournant. Une culture qui confond constamment révolution avec continuation, qui confond science et religion, qui confond révolte et résistance, n'a rien d'utile à vous apprendre, n'a rien à vous offrir comme mode de vie. Il s'est passé du temps depuis que les Occidentaux ont perdu tout contact avec la réalité, si tant est qu'ils aient été un jour en contact avec elle. Soyez désolés pour eux si vous en ressentez le besoin, mais soyez à l'aise avec vous-mêmes en tant qu'Amérindien.

Bon, je suppose que je dois conclure. Je veux dire clairement qu'entraîner quiconque vers le marxisme est la dernière chose qui vienne à l'esprit. Le marxisme est étranger à ma culture tout comme le capitalisme et la chrétienté. En fait, je peux dire que je ne pense pas altirer quiconque vers quoi que ce soit. D'une certaine façon, j'ai essayé d'être un « leader » dans le sens où les médias occidentaux aiment à utiliser ce terme lorsque le Mouvement des Indiens d'Amérique - AIM _ était une jeune organisation. C'était la conséquence d'une confusion qui n'existe plus. Vous ne pouvez pas être tout pour qui que ce soit. Je ne souhaite pas être traité de celte façon par mes ennemis, je ne suis pas un « leader », je suis un patriote Lakota Oglala. C'est tout ce que je souhaite et ai besoin d'être. Et je suis très à l'aise avec ce que Je SUIS.

1980. Traduction: Daniel Guerrier

Note:
Russell Means, Lakota Oglala (les Indiens Lakota correspondent à la nation Siou, Siou étant le terme employé par leurs ennemis, et les Oglala en sont une des tribus), fut le cofondateur avec Dennis Banks du Mouvement des Indiens d'Amérique (AIM) en 1968. Depuis il a joué un rôle majeur dans des événements tels que l'occupation en 1972 par l'ATM du bâtiment du Bureau des affaires indiennes à Washington (De), l'occupation de Wounded Knee en 1973 et l'organisation en 1980 du Yellow Thunder Camp dans les Black Hills (South Dakota). Il est régulièrement un candidat à la présidence du gouvernement de la réserve Oglala de Pine Ridge dans le Sud-Dakota. Il a lu sa contribution comme discours d'ouverture le deuxième jour du Black Hills Survival Gathering à Rapid City (South Dakota) en 1980. Depuis la communication de Means a été publiée sous différents titres: _ sous le titre original utilisé ici, en septembre 1980, dans le Lakota Eyapaha (Pine Ridge - South Dakota) ; _ sous le titre « Le marxisme est une tradition européenne» dans l'édition 1980 de Akwasasne Notes (nation iroquoise mohawk - État de New York); _ sous le titre «Pour que le monde vive, l'Europe doit mourir» en décembre 1980 dans la revue Mother Jones; _ sous le titre original, et dans la version qui a donné lieu à la présente traduction, dans le livre !.I01xisme et autochtones américains édité en 1983 par Ward Churchill - South End Press, 302 Colombus AUC Boston MA 02116, p. 19-33 _, ouvrage collectif provoqué par le rassemblement Black Hills Survival à Rapid City en 1980 et comprenant les contributions des intervenants suivants: Russell Ivleans, Winona LaduKe, Vine Deloria Jr., Frank Black Elk, Elisabeth Lloyd, Bill Tab, Dora Lee Larson, Robert Sipe, the Revolutionary Communist Party, Phil Heiple et Ward Churchill (adresse coordinateur: Ward Churchill, Boulder, Colorado). Le parti communiste révolutionnaire (RCP) (marxiste-léniniste) a ouvert une polémique féroce à la suite de la communication de Russell Means. Son texte « A la recherche de la deuxième moisson» est paru dans son organe théorique RevolutionOl)' Worker et est inclus dans l'ouvrage cité ci-dessus «( La deuxième moisson» correspond à la pratique traditionnelle des peuples « primitifs» de rechercher à nouveau les céréales non digérées dans les déjections humaines pour compléter leur nourriture dans les périodes de famine - définition donnée par le RCP (sic !).

Note du traducteur: les termes Europe et Européens constamment employés par R. Means ont été souvent remplacés par Occident et Occidentaux de façon à rendre l'argumentation plus claire. Certes, en employant le mot « Européens» Y compris pour les Américains blancs, R. Means veut leur dénier le fait d'être américains au sens strict et montrer par là leur origine étrangère. Mais la culture occidentale ne peut plus être réduite aujourd'hui à la seule culture européenne. De même, R. Means emploie le terme « Caucasien» pour signifier blanc sur le plan génétique; nous Y avons préféré le terme Blanc et dans quelques cas « Aryen ». Les connotations de tous ces termes semblent très différentes pour R. Means, les Améridiens et le lecteur ici en France, d'où cette liberté prise par le traducteur.

in. La Revue du M.A.U.S.S.
(Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales)
1990

13.08.2007

La salariat a ceci d'avantageux sur l'esclavage...

par Didier Lacapelle, sur Economie et archimagie 

 

" Le contrat de travail est réglementairement un renoncement du salarié d'une part de sa liberté en échange d'un salaire. Keynes a évoqué la nécessité d'octroyer aux travailleurs le juste nécessaire afin de renouveler la force de travail. Le salariat a d'ailleurs un avantage sur l'esclavage : le patron n'a plus le besoin d'organiser le gîte et le couvert; il reporte le travail de recherche de nourriture et d'un logement sur le salarié lui-même, ainsi que le risque de ne pas réussir dans cette entreprise.

Similairement, la violence des particuliers est délégitimée par un prétendu contrat. Il y a rarement émergence d'une violence de particuliers dans une société non-violente et harmonieuse. La violence des privés et le plus souvent une réaction à la domination politique dont ils sont l'objet, bien que le discours camoufle les mécanismes de domination. Historiquement l'Etat est un instrument de domination pour la classe dominante. Malin, il précise même les mécanismes par lesquels la contestation peut s'exprimer : les élections, le droit de grève limité, la manifestation autorisée. Et le raisonnement implicite que le peuple doit adopter est le suivant : un pouvoir qui organise sa propre contestation ne peut pas être délégitimé. On oublie bien sûr le corollaire non dit : les moyens de contestation qu'il autorise ne peuvent pas le renverser. Et s'il advenait qu'on le renverse (cela arrive parfois dans certains pays d'Amérique latine ou d'Afrique), il s'autoriserait tous les moyens qu'il avait proscrit pour se rétablir.

On ajoute à cela un discours prétendant faire du capitalisme la fin de l'histoire. Il serait inutile de le combattre, parce qu'il n'existerait rien par quoi le remplacer. La paresse intellectuelle et l'ignorance font même que certains font croire que capitalisme est synonyme d'économie : pour eux, acheter et vendre signifie adhérer à des principes capitalistes.

Quelles sont les positions de combat qui restent ? "

27.07.2007

Louis Calaferte, l'homme intact ou la Sainte Horreur de l'esprit Bourgeois.


"État : Gangstérisme officialisé.

"Les idéologies m'importent peu.

Je suis du côté de la dignité de l'homme."

"Ou le siècle à venir sera celui du refus,

ou il ne sera qu'espace carcéral."


 
C’est volontairement que je me suis jeté dans le vide depuis le toit de la plus haute maison de notre petite ville. Ma chute a été si lente qu’il s’est écoulé bien des années avant que, me retrouvant au sol sans apparente blessure, j’apprenne ce qu’il était entre-temps advenu des miens - mon épouse devenue folle de chagrin, mes deux fils ayant, presque coup sur coup, trouvé la mort dans des accidents de la rue ; quant à mon employeur, avec lequel j’entretenais des rapports plus amicaux que professionnels, contrairement à ce qu’eût pu laisser supposer son tempérament jovial et son goût de la plaisanterie qui, parfois, m’exaspérait, force me fut de reconnaître qu’il avait sans raison explicable mis fin à ses jours en se pendant …” 
 
"Poésie : Musique intime."
 
 
hommage de Pierre Assouline à Louis Calaferte ici, La république des livres

14.07.2007

Je vous parle d'un autre monde, le vôtre

« L’homme est idiot, y compris Pascal. » Louis Scutenaire, Mes inscriptions « dada est idiot » Premier Manifeste Dada "Nuit du 17 septembre 1976. (…) Je me dressai saisi d'empressement et me hâtai vers Mes Inscriptions de l'affectionné particulier Louis Scutenaire. Je les lis, elles, pas folles, pas permissives aux coacquéreurs des lopins de l'air, tête baissée, tige après tige, lecture d'un champ de seigle toujours vert, contigu à celui de l'Irlandais Swift. Monde où l'âme circulante du hérisson peut s'étaler puis détaler dans les délices d'un départ définitif." René Char, enêtres dormantes et porte sur le toit, Paris, Gallimard, 1979, (repris in Louis Scutenaire, Plein Chant, 1987). "'Une fois mort, on se nourrit de soi-même', comme dit mon cher Scutenaire, qui aura fait davantage pour la Belgique que le roi Boudin et Eddy Mec réunis. Et il dit encore, ce cher vieux génie belge: "L'âge use la laideur, comme il use la beauté". (…) lui, le grand sage à la bienveillance féroce qui règne sur Bruxelles, et les Bruxellois l'ignorent. La meilleure histoire belge, je vais te la dire, c'est la plus terrifiante de toutes : 'Il est une fois Scutenaire et les Belges n'en savent rien". Et les Français non plus. (…) Il dit tout, mais par brèves giclées, Scut. Il sait la vie, la mort, l'avant, l'après (…),l'amère patrie, le surréalisme, les frites, les cons, les mœurs, les larmes et la façon dont, chez lui, il doit éteindre au rez-de-chaussée avant d'éclairer au premier pour ne pas faire sauter le compteur électrique.'" San-Antonio, Poisson d'Avril ou la vie sexuelle de Lili Pute, Paris, Fleuve Noir, 1985, (repris in Louis Scutenaire, Plein Chant, 1987).

Manifeste cannibal dada

Vous êtes tous accusés, levez-vous. L'orateur ne peut vous parler que si vous êtes debout. Debout comme pour la Marseillaise, debout comme pour l'hymne russe, debout comme pour le God save the king, debout comme devant le drapeau. Enfin debout devant DADA qui représente la vie et qui vous accuse de tout aimer par snobisme, du moment que cela coûte cher. Vous vous êtes tous rassis ? Tant mieux, comme cela vous allez m'écouter avec plus d'attention. Que faites vous ici, parqués comme des huitres sérieuses — car vous êtes sérieux n'est-ce pas ? Sérieux, sérieux, sérieux jusqu'à la mort. La mort est une chose sérieuse, hein ? On meurt en héros, ou en idiot ce qui est même chose. Le seul mot qui ne soit pas éphémère c'est le mot mort. Vous aimez la mort pour les autres. A mort, à mort, à mort. Il n'y a que l'argent qui ne meurt pas, il part seulement en voyage. C'est le Dieu, celui que l'on respecte, le personnage sérieux — argent respect des familles. Honneur, honneur à l'argent : l'homme qui a de l'argent est un homme honorable. L'honneur s'achête et se vend comme le cul. Le cul, le cul représente la vie comme les pommes frites, et vous tous qui êtes sérieux, vous sentirez plus mauvais que la merde de vache. DADA lui ne sent rien, il n'est rien, rien, rien. Il est comme vos espoirs : rien comme vos paradis : rien comme vos idoles : rien comme vos hommes politiques : rien comme vos héros : rien comme vos artistes : rien comme vos religions : rien Sifflez, criez, cassez-moi la gueule et puis, et puis ? Je vous dirai encore que vous êtes tous des poires. Dans trois mois nous vous vendrons, mes amis et moi, nos tableaux pour quelques francs.
Francis PICABIA.

Waf waf wax-O-Waf

"Le rire peut être subversif. C’est aussi une source gratuite de plaisir, un échange qui célèbre spontanément l’humanité des rieurs et crée un lien, une complicité. Le rire témoigne d’une intelligence, d’un esprit subtil, capable de faire des liens. Et puis la prise de conscience se doit d’être joyeuse et joviale : vivante." Dissidence.org

Le marxisme et l'Occident vus par un chef indien

TOUJOURS LA MEME RENGAINE dixième partie lire depuis le début lire la neuvième partie Par Russel Means

Maintenant, à ce point de mon exposé, je dois peut-être éclaircir autre chose; chacun doit être clair sur les conséquences de ce que j'ai dit dans les dernières minutes. Mais la confusion est si répandue aujourd'hui pour que je veuille enfoncer le clou. Lorsque j'utilise le terme «européen» (ou « occidental»), je ne me réfère pas à une couleur de peau ou à une structure génétique particulière. Je me réfère à un mode de pensée, une vision du monde qui est un produit du développement de la culture occidentale. Les peuples ne sont pas génétiquement programmés à avoir cette vision du monde, ils l'ont lorsqu'ils sont devenus aculturés. Et c'en est vrai de la même manière pour les Amérindiens comme pour les tenants de n'importe quelle autre culture. Pour un Indien, c'est possible de partager les valeurs occidentales, la vision occidentale du monde. Nous avons un mot pour désigner ces gens, nous les appelons des « apples » (pommes) rouges à l'extérieur (par la génétique) et blancs à l'intérieur (par l'esprit). D'autres communautés ont des termes semblables: les Noirs ont leurs « ore os » (petits gâteaux noirs et blancs), les Latinos leurs « coconuts» (noix de coco), etc. Et, comme je l'ai dit en commençant celle intervention, il y a des exceptions à la norme occidentale: des gens qui sont blancs de peau, mais pas « blancs» intérieurement. Je ne suis pas sûr de pouvoir attribuer à ceux-là d'autres noms qu' « êtres humains ». Ce que je suis en train d'exposer ici n'est pas un point de vue racial, mais une proposition culturelle. Ceux qui, en fin de compte, défendent les réalités de la culture occidentale et son industrialisme, s'en font les avocats, sont mes ennemis. Ceux qui lui résistent, qui la combattent sont mes alliés, les alliés du peuple amérindien. Et je ne les condamne pas sur ce que peut être la couleur de leur peau. « Aryen » est le terme blanc pour la race blanche, j'y oppose le terme « européen » (ou « occidental ») en tant que mode de pensée et vision du monde. Les « Vietnamiens communistes » ne sont pas exactement ce que vous pouvez considérer comme de « purs Aryens », mais ils se conduisent comme des Occidentaux au niveau mental. Cela est vrai aussi pour les « Chinois communistes », les « Japonais capitalistes » ou les « Bantous catholiques » ou Peter Mc Dollar ici, en bas, à Navajo, ou Dickie Wilson à Pine Ridge. Ma position n'est pas raciale voire raciste, je ne m'attache qu'à la reconnaissance du mode de pensée qui est issu d'une culture donnée. in. La Revue du M.A.U.S.S. (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) 1990

10.07.2007

Florian Laska, l'inspiré d'aquilon.

A qui ne se délecte pas déjà de ses "Petites pensées libertaires" quotidiennes, sur son blog, j'ai le bonheur de présenter FLORIAN LASKA, enfant d'Apollon favori du Parnasse, pour qui l'anarchisme n'est pas strictement un mot, une idée ou une pose, mais un sentier, la voie libertaire, la plus authentique, la plus poétique, la plus humaine et juste manière d'envisager, de penser la société en fonction de l’individu et non pas l’individu en fonction de la société. L’on s’en trouve, sinon à l’opposé, à une distance telle que pour atteindre ce qui paraît au plus grand nombre comme un inaccessible idéal, il nous faudrait, comme d’aucuns le pensent couramment, tout recommencer. Florian, plutôt que de se perdre en conjectures, se met illico à la tâche, et la lumière fût ! Sous forme d’un premier roman, son premier livre, Ailes et Serres, est l’ouverture d’une trilogie annoncée d’emblée. Le prologue nous apprend que Dieu s’est révélé aux hommes. Rien que cela. Et que ceci a mis un joli bordel sur la Terre. Gouvernements et religions s'étant effondrés, l’embryon d’un nouveau monde eût à peine le temps de poindre qu’une minorité vorace, le Comité, reprît la Révélation à son compte, replongeant le tout dans une oppression pire que celle qui fut écrasée. C’est la fin de l’Histoire, et le début de ce roman qui ne manque ni d’inspiration, ni d’ambition, et dont le titre, Ailes et Serres, me fit immédiatement penser à la harpie héraldique, ce monstre hybride ailé composé d’un buste de femme et des attributs de l’aigle. Mais, Florian Laska nous convie au Pérou et c’est un condor majestueux qui plane nonchalamment sur nos faces, certain de n’être jamais soumis à nos destins de rampants. L’on apprend le nom d’une vallée, Colca, perdue l’on ne sait où, qui recèle un trésor sous la forme d’un clan, une tribu de rescapés ignorant tout de l'effroi de la domination du pouvoir et du travail forcé. Une cité idéale se cachant au regard de tous depuis la Révélation, sous le sable rouge du désert préandin. Le bien-être règne, et c’est le seul à qui l’on accorde ce genre d’attitude. L'indignité de l’ancien monde n’a pour statut que celui de légende. Les générations se suivent, et oublient. Mais la curiosité demeure un bien joli défaut. Le style sobre de Florian, basé sur un système à base trois, avance et marque le lecteur stratégiquement, en distillant sa philosophie avec mesure. On dirait qu'il est en guerre. Chaque paragraphe dispense le sens de ses visions. Car l'auteur est visionnaire et ne flâne pas. Il fond sur une proie qui n’est pas nous. Il suit la ligne de crête qui le mène à son objectif : détailler les incidences et les techniques de la Résistance, dépeindre les mécanismes de l’oppression, réapprendre à envisager à sa juste valeur la magie que recèle en soi l’objet « livre ». Ainsi, Florian invente des mystères, des souterrains dédaléens, une ville-machine contaminée, peuplée d’hommes-outils, de crasse et de mort. Il rend le portrait d’un pouvoir absolument mauvais, pleutre et violent, il y pose des êtres vivants, des éveillés qui doutent et refusent d'être les victimes. L’auteur lâchera même ses galions sur les océans, une Invincible Armada à la reconquête du monde asservi. Florian joue avec l'Histoire et ces symboles. Sa langue est une litanie du désert. Le texte est empli d'une sourde violence qui n'est pas implacable. Il répand de la chaux vive sur le cadavre des sociétés. Il dépeint les trajectoires tragiques de ses héros: un duo de frères, une gémellité, au sens antique, les deux faces d'une même tyrannie. Entre idéalisme et fantaisie héroïque, tout ici est dans l’ordre des symboles de la perte et du retour. Ailes et Serres est une épopée tragique et un traité de philosophie libertaire. Sa construction, son ampleur, le monde tentaculaire qu'il y déploie, sa complexité, sa cohérence, sa folie, me firent penser au cycle des Fondations de Isaac Asimov, bien qu'il ne s'agissent pas ici, à proprement parler, de science-fiction. Florian Laska publie, à compte d'auteur, ce premier roman que j'ai eu le plaisir de lire, disons-le tout net, d'une traite, en une nuit. Dès ouvert, il pose un monde, l’on ne repose plus le livre. Comme tout bon suspense qui se respecte, l'on n'en pourra plus de ne pas vouloir en connaître ni les arcanes ni la fin. C'est exactement pour cette raison que j’attends, sans impatience mais de pied ferme, le deuxième volume de la trilogique saga. Pour que celle-ci existe, et pour mon bonheur personnel, mais oui, tendres lectrices à venir et chers lecteurs, il faut acheter Ailes et Serres, immédiatement, forcément immédiatement. pierre duys (qui, vous l'aurez remarqué, n’est pas critique littéraire pour un sous, mais pour un bon bouquin, pourquoi pas ?) Extrait de Ailes et Serres : Elle se faufilait. Elle rasait les murs crasseux, ou ce qu’il en restait. La graisse seule semblait les faire tenir encore. Elle ne regardait personne, et tout le monde la regardait. Car ils étaient partout. Elle ne regardait surtout pas les murs, ils avaient des yeux. Sa concentration se fixait sur les petits berlingots d’eau entassés dans sa brouette de bois. Eviter les trous, dissimulés sous les flaques. Suivre les sillons des autres brouettes. Surtout ne pas les faire tomber. Sa journée serait perdue. Une journée perdue était un ventre vide. Et puis elle ne pourrait plus passer. Pire, le fond pourrait céder. Depuis qu’elle avait dix ans, elle distillait l’eau noire. Il n’y avait plus d’eau courante depuis longtemps, à Lima. Tout était devenu sale. Même la pluie. Sa mère ne savait faire que cela, elle le lui apprit donc. Elle disait qu’on aurait toujours besoin de boire. C’était un métier d’avenir. Et utile pour les gens, ajoutait-elle devant la moue de son enfant. Quand on était de petites gens, c’était appréciable de faire quelque chose de gratifiant. Julia l’avait vite compris. Oui, c’était utile. Tout le monde buvait, et cela ouvrait les portes. Elle avait même livré les hauts miliciens, ce matin. Ceux-là étaient comme les autres, finalement. Ils buvaient au berlingot. Il n’y avait que les membres du Comité pour avoir de l’eau fraîche. Ils la faisaient venir de la montagne, par barils. Quand les lamas ne pouvaient plus passer, c’était à dos d’homme qu’on la leur descendait. Ils avaient toujours vécu sur le dos des hommes. Ils les bâtaient, comme des bêtes. Ils les battaient, comme des hommes. Cela avait toujours été comme ça. Depuis la nuit des temps. Non, elle devait se reprendre, elle savait que c’était faux. Elle l’avait seulement toujours vécu. Et elle savait qu’ils mentaient. Sa grand-mère les avait même vus arriver. Ce n’était pas si loin. Ces gens-là n’étaient rien, avant. Ils étaient des voisins. Le livre le montrait suffisamment bien. Et aujourd’hui ils les traitaient en sous-hommes. Pourquoi ? Ils avaient les armes. Donc le pouvoir. Au fond, ils se donnaient trop de peine, de mentir. Ils n’auraient qu’à tirer, à la place. Mais ils avaient besoin des hommes. Quand on aime commander, il faut avoir quelqu’un pour obéir. Et puis, qui reconstruirait les villes ? Il fallait surtout sauver les apparences, faire illusion. Les armes, c’était pour les protéger, le pouvoir, pour les guider. Elle ôta quelques secondes ses yeux des sachets de plastique, et regarda autour d’elle. Elle hocha la tête, goûtant peu l’ironie. La réalité était tellement nue qu’elle supportait encore moins les mensonges que ce qu’ils masquaient. Car en plus de les mépriser, ils les humiliaient. Le peuple sentait tout cela. Et les maîtres le savaient bien. Mais ils voulaient tout de même le lui faire croire. Ils voulaient croire qu’il le croyait. Ils se mentaient aussi. C’était le menteur qui avait peur. Il pensait que l’exprimer était plus dangereux que la vérité elle-même. Car seul l’aveugle pouvait ne pas la voir. Elle était là, toute sale, dans la rue, chez les gens. Et la peste n’en était pas la seule responsable. Le peuple était fait d’imbéciles et de parasites, le Comité avait souhaité le leur faire comprendre en leur disant qu’ils étaient intelligents et importants. A force d’armes. De qui les protégeait-il ? Il était leurs souffrances. Vers où les guidait-il ? Anéantir signifie pousser vers le néant. Dans le livre, la société d’avant n’était pas parfaite, mais elle ne pouvait être pire que celle-là. S’ils avaient su ! Les gens n’avaient pas pu tout détruire pour ça. La porte était là, il fallait l’écarter. C’était une sorte de toile épaisse, transparente. On devait pouvoir observer les gens. Ce n’était pas parce qu’on avait accepté qu’ils aient un toit, qu’ils pouvaient faire n’importe quoi. Celui qui s’en serait senti gêné avait quelque chose à cacher. Alors les miliciens observaient. Et puis, ce n’était pas « chez soi », c’était juste un endroit pour dormir. Bien poser la brouette. Surtout qu’elle ne se renverse pas. Ne pas tout perdre maintenant. Soudain, des mots crachés, aboyés, la fit sursauter : « Où vas-tu par là, Julia ? » Toutes les femmes à portée de voix s’étaient retournées. Toutes les femmes s’appelaient Julia. Depuis trois ou quatre générations, les filles qui naissaient à travers le monde devaient s’appeler Julia, Julie, ou July. Le Comité en avait décidé ainsi. Il avait dit que ce serait plus simple. Et dans ce souci de simplification, les garçons s’appelleraient Julio. Ou Jules. Le Comité était plein de surprises. Au fond, les deux branches du pouvoir, les Communistes et les Justiciers, avaient chacune atteint leurs buts : les hommes n’avaient plus droit à rien, et ils n’avaient plus aucun droit. La façon même de marcher était réglementée. Trop vite, cela n’était pas normal : on n’avait aucune raison d’être en retard ; trop lentement, on se moquait du monde. Les lois prescrivaient la simplicité, la normalité: il fallait marcher normalement, et s’appeler simplement. Mais cela ne voulait plus rien dire. Autant ne pas s’appeler. Autant s’appeler « eh ! ». Un nom, au bout d’un moment, définissait une personne. Il la personnalisait. C’était bien le problème. Cela procédait du même principe. Dans sa magnanimité, le Comité permettait une appellation, mais, étant la même pour tous, elle humiliait plus encore. Tout le monde était pareil, mais on devait tous avoir le droit à un nom. On avait tous la même chose, partageait tous la même indigence, le même avilissement. Le même néant. Oui, on était tous identiques. Le nom nous appelait, et nous le rappelait. Dans sa perversité, le Comité avait toujours ce souci de l’apparence. Un nom comme avant, permis ; mais un nom comme maintenant, imposé. Julia fit une moue. Cela lui était égal, au fond, ce n’était qu’une image de soi, un nom. Un mot n’était pas le gage de son existence. Quel que fût le nom qu’on lui aurait donné, car c’était toujours un autre qui vous donnait votre nom pour vous définir, oui, quel qu’il eût été, elle était elle. Bien autre chose qu’une interjection, qu’une consonance, elle était un être, une lutte, elle était Libertad. Oui, mère, pensa-t-elle, cela était bien utile, de vendre de l’eau. Mais non, ce n’était pas un métier d’avenir : un jour, l’eau serait naturellement pure, et bue par tout le monde. Mais en attendant, Libertad étant la seule à aller quelque part, c’était la Julia qui devait répondre. « Livraison d’eau propre, camarade, dit-elle simplement. - A qui ? répondit l’homme froidement. - A une vieille. - Tout ça ? - La journée n’est pas finie. » Maîtrisant leurs chevaux, ils soulevèrent les berlingots avec leurs triques. Puis ils descendirent. Comme tous les jours. Ils en prirent trois. Ils étaient trois. Ils la regardaient ; elle regardait la brouette. Le bruit de suçon qu’ils faisaient sur le plastique lui était odieux. Vulgaire. Les miliciens violaient les filles. Mais, au-delà de cela, ils obéissaient. Leur chef les appelait, on avait arrêté un séditieux. Elle replaça la porte de toile derrière elle. Elle avait le mérite de protéger un peu du froid, l’hiver, si ce n’était l’intimité. Mais elle n’empêchait pas quelques rats de s’y insinuer, de temps en temps. Heureusement, ils se faisaient de plus en plus rares. On les avait presque tous éliminés. Ou bien ils se cachaient ailleurs, attendant des jours meilleurs. Elle mit un œil au trou qui traversait le mur. Celui-là était le seul qu’on avait volontairement percé. Les autres provenaient d’anciens combats. Mais ils étaient si larges qu’on y aurait vu l’œil entier s’y poser. Et se mettre devant la toile pour regarder dehors vous aurait rendu suspect. Personne ne semblait l’avoir suivie. Mais voyait-on ces gens-là ? C’était un risque. Un de plus. On les avait acceptés. L’on mourrait ainsi, un jour ou l’autre. Mais debout. Le choix était si simple ! Vivre longtemps, comme ces rats traqués. Ou mourir tôt, en homme fier. Ce n’était plus qu’une question de mathématiques, après. Plus ou moins de chiffres ajoutés à l’âge. Entre un chiffre et un rêve, ils avaient choisi. Au fond, ce qu’avait révélé Dieu aux hommes, et que dans les veillées, les anciens, tout bas, apprenaient aux enfants, ne leur demandait rien d’autre que de lutter, de vivre pour quelque chose, puisque très bientôt, l’on mourrait pour rien. Le message les convainquait de résister. Oui, c’était un message révolutionnaire, contre-révolutionnaire, et révolutionnaire encore. Jusqu’à la fin du cycle, jusqu’à la liberté des hommes. Il fallait juste savoir le lire. On était tous semblables, et personne n’avait rien à perdre à mourir. Ni rien à gagner à vivre. Cette vie-là, en tous cas. Mais combien une vie belle, libre, passionnée, devait être difficile à quitter ! Comme elle aurait préféré la regretter, la vie, plutôt que de la subir, et partir sans peine ! Libertad avait décidé de troquer des remords pour des regrets, si la chance le lui permettait un jour. Car le passage signifierait alors qu’il fut beau. Que voulait-on que l’on pleurât sur ce quai-là, au grand départ ? Le seul droit qu’avaient les gens était la vie, mais seule la mort leur apporterait celui d’être en paix, et libres. Car on savait que ce sommeil-là était le seul qui serait profond, soulagé des incessantes interruptions à coups de crosse, entre deux rêves. Plus d’ordres, hurlés aux oreilles, plus de crachats, coulant sur le visage. Plus de sensation, plus de concession, plus de honte. Alors la mort rendait fort dans cette lutte pour la vie. Oui, les anciens, dans les veillées, sans s’en douter, résistaient. Le Comité n’avait-il pas interdit de parler de la Révélation ? De l’évoquer même ? N’était-ce pas une preuve ? Mais ses membres, n’en parlaient-ils pas à leurs enfants ? Que leur disaient-ils donc aux veillées ? Y avait-il seulement des veillées, chez eux ? Y avait-il des enfants ? S’appelaient-ils Jules, ou Julie ? N’étaient-ils pas comme les autres hommes ? Et où étaient-ce chez eux ? Libertad disait qu’il y avait deux races d’hommes sur terre. Ceux qui se cachaient, et ceux qui surveillaient. Ceux qui rêvaient, et ceux qui réveillaient. Ceux qui étaient terrorisés, et ceux qui avaient peur. « Les as-tu ? fit soudain une voix familière. - Oui, Alma. - Apporte-les, s’il te plait. Il faut les vérifier. Ils doivent être propres. » Libertad fit longer les murs à la brouette, contourna la maigre table, lui fit descendre une étroite planche posée sur les marches, et l’immobilisa devant une vieille femme encapuchonnée. Celle-ci prit un berlingot. Peut-être avaient-ils été comptés. Elle rendait grâce aux quelques dents qui avaient accepté pour quelque temps encore de mourir dans sa bouche. Elles lui permettaient d’obtenir le filet d’eau attendu. La jeune fille était retournée au mur, et en retirait déjà son œil. Elle emprunta le même chemin, descendit les marches, déposa une couverture à côté de la brouette, en empoigna fermement les bras, et la fit basculer. Le rituel pouvait se poursuivre. Le loquet, le double fond, l’apparition du trésor. Une vingtaine d’exemplaires, bien ficelés, y étaient soigneusement fixés. La vieille femme en prit un. Ses doigts noueux retournaient respectueusement l’arme dans tous les sens. Elle était grave. C’était les munitions qu’elle attendait. Les livres étaient arrivés ! Florian Laska

28.07.2006

Libéralisme

Edward Goldsmith nous en livre une synthèse qui se passe de commentaires : « Le commerce mondial a été multiplié par onze depuis 1950 et la croissance économique par cinq et pourtant au cours de cette période, il y a eu un accroissement sans précédent de la pauvreté, du chômage, de la désintégration sociale et de la destruction de l'environnement. Il n'y a donc pas de preuve que le commerce ou le développement économique soient d'une grande valeur pour l'humanité.» En cela, rien d’étonnant donc à ce que les valeurs libérales soient, prioritairement à toutes autres, la cible des critiques que l'on adresse aux dirigeants des sociétés, des états, qui se contorsionnent de mensonges en mensonges afin de continuer coûte que coûte à défendre cette philosophie mortifère basée sur les rapports de force, la défense des intérêts personnels, la violence, les inégalités, comble de tout, au nom de leur dieu Liberté. Mais "leur" liberté ne va pas dans le sens d'une liberté plus grande de penser par soi-même, ni de plus de justice, ni de se libérer du joug des Phynances, des tabous, du temps, des contraintes, leur liberté est comptable, c'est une liberté d'épicier, une liberté qui vomit l'état, disant: laisse-moi enculer mes enfants chez moi et je te laisse faire ce que tu veux des tiens, chez toi, j'éxagère à peine, c'est l'anarchie dans ce qu'elle a de crétin, c'est à dire comprise par des gosses, des ignares. Leur liberté, c'est dire: merde, je suis kanmême le plus gros, je peux kanmême faire ce que je veux, merde, merde à ces sales fonctionnaires qui foutent, on le sait bien, hein, rien, merde à l'état qui nous emmerde, quoi. Eh bien, non, la liberté individuelle est garantie par le droit. Elle n'est ni communiste, ni fasciste, ni libérale, elle est démocrate. Le libéralisme est contre la démocratie car la démocratie c'est le parlement: le vote et le dialogue et le droit. On comprend bien les multinationales, tout pôle de pouvoir, rêvant de légiférer dans leurs enceintes, leurs usines, leurs bureaux; on comprend bien que les "entreprises" veuillent jouir des prérogatives de l'état: diriger comme elles l'entendent leurs petits nenfants, charitablement soutenir leurs vieux, de la naissance à la mort, "leurs" employés, "leurs" gens... Moyen-âgeux: administrer leurs gens tenus par le bout de la survie. Eh bien, j'ai un rêve, mais oui, j'ai un rêve que j'ai mis en pratique, j'ai un rêve depuis que je suis bébé, oh je devais avoir 17 ans lorsque j'ai appris qu'il y avait, dans certaines banques, une circulaire qui, mais oui, circulait, et savez-vous ce qu'elle disait? Elle disait que selon des critères, selon certains critères (je vous les donne en mille: la nationalité -remarquez qu'on ne dit plus race- le pays d'origine, le sexe et l'âge), de ces critères qui limitent l'acces à tels "produits", types de comptes, avantages, enfin bref... Ce racisme institutionalisé, développé dans le sein privé des boîtes privées, bien planqué sous le silence complice. Ces pratiques m'ont, depuis toujours, fait vomir. Et voulez-vous savoir pourquoi cela me fait vomir? Eh bien, je vais vous le dire, bande de voyeurs assoiffés de détails personnels, parce que mes vieux, et leur chien de merde naturellement dressé pour attaquer les coupes afros, je vous jure, étaient des petits blancs et que, dès l'âge de raison, je veux dire, dès que je fus assez mûr pour ressentir ce malaise (je devais avoir dans les six ans, oui, je fus précoce en tout, eh oui, je sais, ça t'emmerde, mais c'est comme ça), ce malaise de les voir se comporter de la sorte avec les "autres" (de quelle sorte? Mais ce mépris de merde, ma conne, mais oui, cette supériorité des petites gens incultes hantés par leurs complexes) eh bien, depuis ce temps -que je ne regrette pour rien au monde-, je rêve de façon plus ou moins confuse qu'un employé de banque, que tous les employés, bordel! Les ouvriers, crachent à la gueule de leur chefaillon, se lèvent de leur guichet de paille, sortent violemment de leur aquarium à tanches et démissionnent sur le champ sans manquer de faire savoir au monde entier les raisons solidaires et humanistes de leur démission. Oh, je sais, il y a pléthore de connards racistes, on appuie d'ailleurs dessus dès qu'on peut, mais il y a autant de naïfs humanistes antifascistes et il s'agit de diffuser parmi les chefaillons la honte des idées dont ils se font les propagandistes et de les mettre au pied du mur et de même chez les flics et de même partout, les administrations, les bureaux, les médias, les usines. Et voilà comment on y arrive, plus personne à mettre au pas. Fini d'avoir peur. Tout le monde au chômage. Distribuez la Phynance, c'est le fruit de notre travail, celui de notre force physique, de notre intelligence, celle de nos ancêtres, nos frères morts, c'est notre temps, c'est tout cela qui fant notre fortune. De quel droit inique, parce que vous possédez un paquet de fric, vous permettez-vous de nous dominer, de nous voler, de nous exploiter? De quel droit? Le droit du plus fort? De celui qui porte les armes, qui dresse les chiens, les milices? Nous ne défilerons plus, nous resterons assis, jusqu'à l'heure du partage équitable et vous savez que nous sommes les plus forts, nombreux et intelligents. La masse, comme vous dites, est faite d'individus intelligents. Et vous nous craignez. Nous ne demandons pas que vous le redistribuiez, notre fric, nous quittons vos clapiers. Faites-les tourner, vos usines, avec vos milliards en action et vous verrez bien qui, du fric ou de notre intelligence est le plus nécessaire à notre richesse, oui, notre richesse, pas la vôtre. Et vous comprendrez qui, du fric ou de notre intelligence, est la Richesse, la vraie. Ces salopards, ses consortiums de salopards, ces prédateurs, ont trafiqué le langage. Il existe ces officines spécialistes du langage, de la propagande, eh bien merde! Non! Pas tous beuglant dans la rue, pas de slogan, tous au pieu, baiser, dormir et se marrer de les voir bouffer leur pognon et leurs ordinateurs. Car c'est sans doute impressionnant, durant un temps, de défiler dans les rues, puis cela ravive les émotions, on se sent forts, ensemble, mais c'est un accomodement du pourvoir, une fuite supplémentaire dans le réservoir de notre Richesse. Au lendemain, chantant ou pas, le monde est à son poste, prêt à produire. Et je vais vous dire aussi que parce que je suis un mec bien, et sans doute le mec bien le plus bien que vous n'avez jamais même imaginé (mais oui), je mets en pratique mes idées et je vis de la sorte. Jamais, jamais par moi n'est passé, ne passera une idée, un ordre, une attitude, une manière, un mot qui ne se déploie à l'encontre du respect, de la fraternité, de la solidarité, du droit à chacun d'exister dans la dignité. Et je peux vous dire que j'en ai quitté des postes. Du grand théâtre et leurs mines penaudes d'enfanteaux pris en flagrand délit de saloperie. Ils se sentent puissants jusqu'à ce qu'on leur démontre leur lâcheté, et là, ils s'écroulent comme des merdes molles et se vengent, c'est tout ce qu'ils peuvent faire pour se rassurer d'être les vecteurs de la merde, car au fond, bien entendu, ils savent. C'est toute la signification du bisutage. Le bisutage est général, quotidien, entre gens de la même espèce, contre les "autres". Ils sont les ordures flamboyantes légitimées par leur fric et je suis l'imbécile. Peut-être, mais je reste digne et je suis heureux. Ils se resserrent en se reservant du pied de porc et détruisent ce qui ne leur ressemble pas, des enfanteaux, vous dis-je, dans la cour de récré. L'imbécile, le bouc, on le plante et on se marre. Grégaires petits fétus de paille. L'injustice ne passera pas par moi. Et non pas seulement parce que j'en ai été victime, c'est une question éthique. Ce qui me désole? C'est qu'elle passe par vous. C'est même ce qui me désole le plus, la victime se fait bourrelle, euh, non, ça, c'est le commissaire... la victime se fait bourreau et c'est ce qui fait que, parfois, je prends, vis-àvis de vous, un peu de distance. Bande de lâches.

26.07.2006

Le marxisme et l'Occident vus par un chef indien

TOUJOURS LA MEME RENGAINE
neuvième partie

lire depuis le début

Par Russel Means

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Il y a une autre voie. C'est la voie traditionnelle lakota et les voies des autres peuples amérindiens. C'est la voie qui sait que les êtres humains n'ont pas le droit de dégrader la terre mère, qu'il y a des forces au-delà de tout ce que l'esprit occidental a conçu, que les hommes doivent être en harmonie avec toutes les relations entre les êtres et les choses et que celles-ci éliminent éventuellement la disharmonie. Avec une vision emphatique et déséquilibrée des hommes par les hommes, l'arrogance occidentale d'agir comme s'ils étaient au-delà de la nature de toutes choses et de leurs relations entre elles peut seulement aboutir à un déséquilibre total et à un réajustement qui obligera les hommes arrogants à baisser leurs caquets et leur donnera un avant-goût de cette réalité par-delà leur contrôle et restaurera l'harmonie. Il n'y a pas place pour une théorie révolutionnaire dans cette résolution des choses, c'est au-delà des possibilités humaines. Les peuples «naturels» de celte planète le savent et ne théorisent pas là-dessus. La théorie est une abstraction, notre connaissance est réelle.

Ramenée à ses propositions de base, la croyance occidentale incluant la nouvelle croyance en la scicnce -équivaut en une foi en un homme naturellement bon. L'Occident a toujours cherché un messie, que ce soit en l'homme Jésus-Christ, en l'homme Karl Marx, ou l'homme Albert Einstein. Les Amérindiens savent que c'est totalement absurde. Les êtres humains sont les plus faibles de toutes les créatures, si faibles que d'autres créatures sont prêtes à leur donner leur chair pour qu'ils puissent vivre.

Mais la rationalité est une malédiction à partir du moment où elle conduit des humains à oublier l'ordre naturel des choses, à un point tel qu'aucunc aulre créature ne le fait. Un loup n'oublie jamais sa place dans l'ordre naturel. Les Indiens peuvent l'oublier parfois. Les Occidentaux s'emparent de la viande comme d'un simple dû et considèrent le cerf comme être inférieur. Après tout, les Occidentaux se considèrent eux-mêmes tout-puissants comme des dieux par leur rationalisme et leur science. Tout-puissant est l'Etre suprême, tout le reste doit être inférieur. Ainsi la capacité occidentale de créer des déséquilibres ne connait pas de limites.

Toute la tradition de la pensée occidentale, marxisme inclus, a conspiré pour braver l'ordre naturel de toute chose. La terre-mère a été insultée, les forces naturelles ont été offensées, et cela ne peut pas continuer toujours, aucune théorie ne peut rien y changer. La terre-mère va exercer des représailles, l'environnement global va réagir et les offenseurs seront éliminés. Les choses suivent le cercle. Retour au point de départ. Cela est révolution. C'est la prophétie de mon peuple, du peuple Hopi et de tous les autres peuples sensés.

Les Amérindiens ont essayé d'expliquer cela aux Occidentaux durant des siècles. Mais, comme je l'ai dit auparavant, ceux-ci ont fait la preuve qu'ils étaient incapables d'écouter. L'ordre naturel vaincra et les offenseurs seront à nouveau éliminés. Les cerf meurent lorsqu'ils brisent l'équilibre en surpeuplant une région donnée. Il n'y a qu'une question de temps avant que ce que les Occidentaux appellent «une catastrophe majeure des proportions globales» ne survienne. Ce sera la fonction des peuples amérindiens, de tous les «naturels» de survivre. Une partie de notre lutte pour la survie est de résister. Nous résistons, non pas pour renverser un gouvernement ou pour prendre le pouvoir politique, mais parce qu'il est naturel de résister à l'extermination, de survivre... Nous ne voulons pas le pouvoir dans les institutions des Blancs, nous voulons que celles-ci disparaissent. Cela est révolution.

Les Indiens maintiennent les relations avec ces réalités, les prophéties, les traditions de nos ancêtres. Nous apprenons de nos anciens, de la nature, des forces naturelles. Et lorsque la catastrophe sera passée, nous, Indiens, nous serons toujours là pour habiter ce continent. Cela me soucie peu si c'est seulement une poignée d'Indiens dans les Andes, le peuple amérindien survivra et l'harmonie sera rétablie. Cela est révolution. (à suivre)

in. La Revue du M.A.U.S.S.
(Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales)
1990