25.01.2008

BruSseLLoiS !? NoN PeuT-ÊtRe !

09.08.2007

Bru-X-e-LL-e-ries BreugeL-O-BreLiennes

podcast
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"Je me souviens de l’incendie du Bowling, place de Brouckère:
les gens couraient dans tous les sens sur le boulevard Anspach."
Graziella, 42 ans, rue du marché aux poulets, 1000 Bruxelles.
 
 
Place De Broeckere
 
La Vie Mode d'Emploi
 
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fotoz: pierre duys, place de Brouckère, le mercredi 8 aout 2007
kansonz: les bonbons (deuxième version, 1967) & Le Grand Jacques (c'est trop facile), jacques brel

05.07.2007

Le pays aux cinq Fêtes Nationales et gouvernements, aux quatre drapeaux et trois hymnes, aux six frontières dont deux internes, aux centaines de milliers de fonctionnaires, aux 10 millions d'abrutis.

Nulle part, respectant la paix mais n'hésitant point à recourir au mépris, aux insultes et aux injustices comme leviers politiques, l'on aura poussé plus loin dans l'absurdité l'idéologie nationaliste. (Ne pas omettre de mentionner que l'on présente généralement ce pays fédéré comme un exemple pour la construction de la fédération européenne, autrement dénommée l'Union. Les noms ont un sens, surtout a contrario. Ne jamais oublier d'en rire grassement, à hauteur de la grossièreté qu'on y loge.) Débutons ce tour d'horizon réjouissant pour l'homme optimiste que je suis par le 11 juillet, c'est la fête nationaliste flamande qu'on appelle pudiquement (Belgique, fédération de bourgeois bien élevés) "la Fête de la Communauté Flamande" ou, plus précisément (et sous peine de se faire battre pour la traduction de l'excellentissime et sublimistique langue dite de Vondel qui se suffit amplement à elle-même, car les milices linguistiques sont intraitables sur ce point: tu parleras flamand ou creveras sans aide, sans emploi): "Feest van de Vlaamse Gemeenschap", en bas allemand, donc. Euphémisme évident pour ne pas dire "Fête Nationale Flamande", qui semblait, j'imagine, inconvenant, et sans doute aussi par "respect" pour les ennemis héréditaires: le dénommé "fransquillon", c'est à dire le francophone de Flandre (que l'on feint maladroitement de croire éteint et auquel l'administration flamande dénie tout droit quant à sa langue maternelle; et où l'on voit, une fois encore, que l'ancienne victime se fait, dans le même mouvement, sans peine, sans conscience même, bourreau à son tour), ajoutons au tableau des ennemis (imaginaires) de la Flandre le dit "Français", c'est à dire le francophone en général, groupe linguistique hétérogène comprenant d'une part le zinneke, le dikkenek, le kiekefretter, (le batard, le "gros cou" (le fanfaron), le bouffeur de poulet), j'ai nommé, de ce côté-ci du ring: le Bruxellois (véritable victime de ce champ de bataille nationaliste, car seul à endosser les misères que se font les deux communautés, elles-mêmes pillant allègrement les ressources en emploi de la ville et s'en revendiquant les garants), alors que nous apercevons, émus, de l'autre côté de "la frontière linguistique" le paresseux (sic), l'oiseux, le bon à rien, l'autrement dit Wallon, dont la presse et les politiciens flamands ne cessent de décrier "l'apathie, le manque d'ambition et l'assistanat compulsif" qui, selon leurs sources manipulées, coûteraient aux bourses flamandes des ponts d'or (ce qui est faux: la propagande flamingante rabache et troue les caboches fragiles). Et, comme le Belge est proche de sa terre comme de sa banque, cette situation vendue comme désastreuse, le profit des fainéants francophones au détriment du travail des courageux flamands, relève de la pire des avanies que puisse exercer une communauté, l'impure, la haram, la wallone, sur l'immaculée pureté de la blancheur des terres grasses aux récoltes abondantes comme les poitrines et les polders de la belle et courageuse Flandre. Ce comportement, le monde flamand en convient, dénote de l'évidente mauvaise foi des corrompus wallons, ainsi que de la "haine de la Flandre" qu'ils développent, pour ainsi dire, génétiquement. C'est entendu. De là à y déceler une paranoïa composée, politiquement entretenue, il y a ce pas que je franchis sans allégresse. N'oublions pas, car c'est au centre du cas, le sens aigü de la vicitimisation que ces belles gens nationalistes développent à l'égard de leur communauté, celle-ci représente tout de même soixante pourcents de la population du pays; n'oublions pas non plus que tous les premiers ministres fédéraux depuis plus de 70 ans sont tous, absolument tous flamands et que tous les gouvernements de cette période ont été à majorité flamande et pro-flamands, ce qui ne manque pas d'exaspérer, à juste titre, les francophones; n'oublions surtout rien de ceci avant de mettre en exergue cette évidence: les Flamands, sans rire, se vivent encore et toujours, depuis des décennies, alors qu'ils ont obtenus la garantie de leurs droits depuis plus de quarante ans, en victimes des méchants et outranciers "Français", qu'ils appellent avec une forme de dédain poli par le rude accent de leur langue qui roule les erres, "de Fransen". N'est-ce pas la plus vieille activité de l'homme, de rendre en haine, en répulsion, en vengeance à l'encontre d'ennemis imaginaires ce qu'il cultive de complexe et de hantise à l'égard de sa propre personnalité ? Un peuple inculte, dur à la tâche et avare en discours, c'est une aubaine pour les aventuriers de la politique. Autre euphémisme très usité: on dirait de toi, étranger en Flandre, c'est à dire ne parlant pas le flamand, que "tu es un allochtone" ou plus justement "gij bent een allochtone". Mazette, quelle tare ! Ainsi, l'on divise le monde à l'heure de repriser les chaussettes, devant la télé le dimanche midi, en au moins deux engeances: les allochtones et les autochtones, pour ne pas dire explicitement flamands et non flamands. Et, faute de mémoire et de culture sans doute, cela ne leur rappelle rien. Mon vieux. Je te jure. La presse elle-même relaie l'infamie sans que cela ne lui paraisse ni inadéquat, ni désobligeant. "En Hollande, ils font de même, ils disent autochtones et allochtones. Alors..." (S'ils s'étaient mieux renseignés au sujet des Pays-Bas, mais les dirigeants préfèrent que le bas peuple ne se renseignât point trop, ils se seraient aperçus que là-haut, le communautarisme, né comme ici de belles idées d'équités et d'égalités des droits, fait un ravage jusque dans les écoles, que l'on appelle (sic) "noires" et "blanches", sous-entendu pour dire qu'elles sont composées d'autochtones ou d'allochtones, exclusivement, au point que, récemment, à Amsterdam, une école dite "mixte" (autochtones et allochtones dans les mêmes classes ! Vous imaginez ? Quelle folie !) fut affublée d'une seconde porte pour que les élèves ne se croisent ni à l'entrée, ni à la sortie. Il y aurait eu plainte des parents qui ne voulaient plus que leurs petits se côtoyassent... en dehors des heures de cours.) Il n'est pas près d'être fini, dans ce pays martyrisé, le temps des fêtes nationalistes. Voyons cela de plus près: le 21 juillet, c'est la belge, la fête nationale nationale devrait-on dire, les pieds bassement pris dans ce bourbier; le 24 septembre est également jour de fête, c'est "la Fête de la Communauté Française" dite "Wallonie / Bruxelles". Rappelons à ce sujet que les responsables politiques wallons s'accaparent Bruxelles, de fait, parce que la langue française y est majoritaire à 80 pourcents (depuis moins d'un siècle) et qu'ils pensent que les Bruxellois et les Wallons "se retrouvent dans le combat commun contre les flamands" (sauf que les Bruxellois sont des Flamands francophones et que le peuple de cette ville indescriptible n'est pas aussi définitif au sujet des Flamands que ne le sont les politiciens wallons qui s'y comportent comme en pays conquis, ils feignent également d'oublier que cette ville carrefour sise en Flandre est multilingue depuis sa naissance, vers 989 de l'ère dite chrétienne). Bruxelles, dont la fête nationale, on préfère dire "communautaire", est datée au 8 mai. On ajoute au compte "la Fête de la Communauté Germanophone", le 15 novembre, qui est aussi le jour de la fête du roi. Et "la Fête de la Région Wallonne", le troisième dimanche de septembre. Le tout sur un territoire de 32 mille kilomètres carrés. Cela eut fait un carré parfait de +/- 180 Km de côté. A l'échelle du monde, un timbrisseau qui s'oblitère de frontières hypocrites rendues indépassables. Tu vois un peu le topo. D'autant que, à l'image de ce que firent les colons belges (ils l'étaient encore, belges et unis, car ils avaient cet ennemi commun, le "sauvage") au Ruanda / Burundi jusqu'au milieu du siècle passé, ma carte d'identité de belge stipule ce que l'administration convient d'appeler mon "régime linguistique". Une banane le matin et trois pommes le soir, pour la gorge ? Je me marre. Mais, de travers. Lorsque les nationalistes n'ont pas la fibre guerrière et qu'ils s'arrangent entre eux, comme qui dirait démocratiquement, ils arrivent difficilement à traiter du moindre dossier politique sous un angle différent de celui de "la langue", c'est-à-dire de la "défense de leur communauté", de "leurs intérêts", quand ils se plongent à ce point dans l'imbécile abstraction des êtres et des lieux, ils ne perdent pas pour autant leur sens inné du pompier, du ridicule et de la rapine. Des types et des garces fondent toutes leur carrière sur ce seul détail, le nationalisme, qui, dans des contrées comme celles-ci, passe pour l'essentiel. Cette absurdité, parmi toutes les autres, nous engonce dans un cocon doucereux et malsain, aux accents patriotiques et gerbatifs, une véritable honte lorsque l'on pense aux chantiers sociaux qui demandent, à l'évidence, d'être traités, notamment et surtout à Bruxelles, cette ville assiégée par les wallingants et les flamingants, offerte en tribu à ces deux engeances ordurières et maléfiques. - Ahahahhaha (cri d'un diable hilare), divisez-vous plus encore et instaurez vos baronnies, cela ne nous changera guère de vos tournures, oserais-je dire d'esprit, de potentats racistes et nains, Ahahahhaha (re-cri d'un diable plus hilare que jamais). - Et l' « ivoirité », belle idée que celle-ci, l'« ivoirité », non? Tu ne trouves pas, Jozette ? Et, tu sais le plus drôle ? Non ? C'est que cela marche au poil, leur mécano déstructurant et imbécile. A tous les coups, une majorité de crétins s'y laisse prendre. - Instincts, beaux instincts qui nous font pisser dans les coins les mieux protégés, par crainte des attaques, sournoises, forcément sournoises, des salauds d'étrangers, pour ne pas dire des ennemis. - Vivent les hypocrisies, disait un autre diable: Vivement qu'ils s'entrebouffent une bonne fois pour toutes. - Faisons place aux poulpes et aux tarentules, la barrière des espèces, chez eux au moins, est définie simplement, nous pouvons la comprendre. Tas de crétins que nous sommes. Sérieusement, j'affirmerais sans crainte que c'eut pu être la bonne voie, cette voie de l'absurdité demeure la meilleure: elle dilue, elle délaie, elle dissout. Peu à peu, les préceptes imbéciles des nationalistes se noieront dans leur ignominie. En démultipliant encore un peu plus les frontières, l'on pourrait bien les voir disparaître. Malheureusement, on le sait, les gens sérieux ne sont pas sérieux et, lorsque ces crétins jugeront que leur bien est atteint, entre leurs frontières renforcées, mentales et territoriales, ils comprendront, si ce n'es déjà fait, qu'ils n'ont rien d'autre à défendre, qu'ils sont dépourvus de la plus modeste part d'imagination et de créativité, en somme de ce qui fait les hommes. Ils pousseront, ne pouvant mieux faire, un peu plus loin leur insupportable petit bouchon nationaliste.
pierre duys merci à REZO.NET pour le relais de cette chronique

26.03.2007

La Marolle

Zij had een paar krollen ààn haar mijole...
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(crédit photo: pierre duys)

22.11.2006

Saint-Gilles : Vadrouille #4

Une camionnette vend des gaufres. Elle brait d’un essoufflement plus piteux qu’un âne à l’agonie. On peut, parce que l’on désire le bon côté, voir surtout ce qui compose la vie. On n’est plus pyromane. Ce qui n’empêche pas de constater que l’on tape de haut toujours du même côté, le nôtre. On reste précaire. Deux cerisiers jouent au flipper. Ils se renvoient un type très soul qui s’exécute de part en part, au ralenti, comme une ballerine aux trop grands pieds. Les rangées de lampadaires diffusent des lueurs orangées. Ce sont des soucoupes volantes en double forme de cône tronqué. Une blonde s’enfuit sur ses talons, ses fesses serrées dans de la soie fine, un taxi vert tapine. Des carpes albinos japonaises bordées de rayures rouges et noires observent dans une vitrine un aquarium rond en plastic rempli d’une racine moulée dans d’obscures résines. Le Certificat d’Excellence 2006 est en bonne place dans la devanture du croque-mort. No stress, vous êtes en de bonnes mains. Une macrale et deux jolis fantômes en délicate suspension au-dessus de quatre citrouilles hilares et de quelques crânes lisses ont cessé de vouloir effrayer les passants, ils observent. L’humide gravité des parfums de l’automne porte des hirondelles. Une méchante chape de nuées blanches annihile tout espoir de ciel. Mais, en chaque instant, ô joie, du rythme d’une voix le rap renaît. Dj Rodriguez, capuche et démarche scandée, se répète une phrase syncopée. Ses paumes appuient les voyelles. Grill Mobiel dit un écriteau neuf. Un vieux couple se dispute : pour Celestina, les perruches acclimatées dans le parc de Forest viennent manger les miettes de nos moineaux. Ulysse n’est pas de son avis. Le ciel hésite tout de même à nous tomber sur la tête. Une photographe médite jambes croisées sur une pelouse où trois enfants-fleurs jonglent en dessinant l’air. Bernard et Bert se relancent au freesbee. Excepté. Uitgezondert. Rappel. Herhaling. Sens unique. Interdiction. Une manière d’envisager la vie. Donc, on peut contempler l’automne, ses teintes augustes, ses rouges, on peut dire presque tout, on se baladerait : Quelle chaleur cette année ! Un automne comme je ne m’en rappelle pas. C’est vrai. On peut tout dire sur un quartier. On va, on vit, on raconte ce que l’on voit. Je m’en inspire. On devrait pouvoir tout traverser. Les dictons le laissent penser. Tout se peut sur le dos des mots. Mais, dites-moi, quel enchantement remontera le temps dans l’esprit de le détourner pour en effacer l’instant où, dans ce quartier, mon amie D. s’est faite enlever, couteau sur la gorge, avant d’être violée ? Alors, que reste-t-il ? Que reste-t-il de nos flâneries jusqu’à pas d’heure ? Où fleurissent les fresques qui nous enchantaient ? Je demande l’ablation. Je requière l'amputation du quartier. Je demande l’ablation du parvis, des arbres, des terrasses, des bonnes sœurs en sandales, du commissariat, à coup de bouteilles brisées je les ai vus se battre la nuit. J’exige la justice pour nous, auprès de vous, nos juges, soyez justes. Justice pour les délogés, les humiliées, les exclus, les affamées, les perdus, les abandonnées, justice pour nous tous, justice, justice et égalité. Économique. Je pense aux deux tours en bas, je pense aux cités ouvrières, aux immeubles sociaux, Combaz, Fort, aussi à Chauvière, à Besme, à la Ligue, à Volders, au Roi Gambrinus, à la Maison du peuple, à la Justice et à la paix. À toi, D. Et à Hélène, Amy, Gianni, Sofia, Aziliz, Youssef, Ignacio, Benjamin, Amina, Nina, Lolita, Ambroise, Davide, Melina, Najib, Afif, Salomé, Odete, Mailys, Ahmad, Cloé, Farah, Yannis, Dounia, Gastao, Farida, Heitor, Duarte, Gregorio, Anaël, Argento, Larrissa, Fathy, Gonçalo, Désiré, Raphaël, Gabriel, Eva, Aboubacar, Adil, Louise, Océane, Margot, Abderahman, Josepha, Dimitriu, Angie, Zélia, Rosa, Alissa, Carla, Alba, Imane, Jacinto, Annelise, Bruna, Anatole, Julie, Abdelmalek, Narcisso, Lucie, Jéronimo, Ayoub, Bachir, Jeannette, Aziz, Demba, Idy, Gyrgy, Hai, Fael, Erno. Nos noms du monde et maintenant…

21.11.2006

Saint-Gilles : Vadrouille #3

Évidemment, avec le temps, on finirait aussi par découvrir, et donc pouvoir décrire, les endroits où se côtoient ceux qui en ont perdu l’habitude. On serait étonné d’apprendre que la piscine en est un, de ces lieux où les filles se dévoilent. On se croise au marché. Ceci ne suscite souvent que des envolées convenues, on se tape sur l’épaule, on se verra plus tard, ah comment vas-tu Mouss ? On conclut cette affaire. Un type me hèle : Pschhhh Pschhhhh hashish ? Je lui demande courtoisement s’il est fou. Il n’en croit pas ses oreilles. Je discerne sur son visage son esprit pris dans les reflets démultipliés des miroirs déformants qu’engendre ma question. Il dit : Quoi ? Répète ! C’est toi qu’es fou ou quoi ? Bien joué. Cela se pelote pas mal au cinéma. Couverts par la symphonie des meurtres et des caramboles, des couples rouleboulent presque jusque par terre. Dans les silences, les rangées grincent. Deux jeunes gars, l’accent bien de la rue de la Perche, tu vois, quoi, deux ptis gars d’ici, téléphone à portée de main, on sait jamais quoi, eh ben tu sais quoi ? Sur ma mère ! Ils sont morts de rire, si, devant le film. Le héros défonce des immeubles avec ses poings et eux se tapent sur les genoux et ça fait des éclats de rire dans tous les sens, quoi, trop ouf j’te jure, et le monde se marre avec eux, tu vois, c’était génial quoi. On se retrouve aussi à la Maison du livre, à l’école numéro quatre, l’ancienne abbaye de Forest, centre de jeunesse, maisons de quartier, halls, parkings, supermarchés, étales de fruits offerts, cafés, restos… Non. Commerces et bistros, sinon pour quelques téméraires ignorant résolument les frontières, restent réservés, claniques. On ne se permettrait pas, innocemment, sans rien savoir, de s’asseoir dans un salon au hasard chez n’importe qui, et on garde certaines habitudes. Diffuseurs de fragrances garanties mondiales et grillées des restos pêche aux bobos, sur la pente lisière Sud, parvis, Rome, mi-hauteur, Van Meenen, Hôtel des Monnaies, Morichar. Debout à la Barrière, couronnée de trams crissant, à la peine, l’allure courbe, sa silhouette portée en avant par deux lourdes cruches en équilibre, la porteuse d’eau fait un pas décisif. Il paraît qu’elle pratique plus de cent dialectes. C’est invraisemblable. Car c’est une centaine de pays en ébullition sur quelques centaines de mètres carrés démultipliés par les nouvelles du monde, Bruxelles, Saint-Gilles. Portugal, Espagne, Maroc, Brésil, France, Grande Bretagne, Pologne, Italie, Russie, Inde, Pakistan… On repère le climat aux drapeaux, Coupe du monde de football. Les chaînes télévisées répercutent des rituels, on déboule en bagnole avec accessoires et pavillons en produisant le plus de bruit possible, on voit bien qui est qui, j’en ai vu sur une charrette tirée par des bœufs. Je ne me souviens plus bien. Des cariocas tambourinent sec lorsque leur score grimpe, ils dévalent Jean Volders avec au cou des grosses caisses, en bouche des sifflets et leurs doigts trépignent de tripoter la trompe qui sonne loin, en échos épiques, au loin vers la foire. On aperçoit d’ici des loupiotes tourbillonner et des relents de machins frits. Saint-Gilles plombant la Porte de Halle. Quinze mille gens, de vingt-quatre à soixante-quatre ans, dits d’origine belge, et quatorze mille gens, aux mêmes âges, dits ressortissants, dits d’origines étrangères, dits assimilés. Match nul. Creuset. Lire la suite

17.11.2006

Saint-Gilles : Vadrouille #1

On peut sautiller ou franchir, on peut même danser sur les mots chaussés de saisons vives. On peut la dévaler la rue de la source à la recherche du fabuleux ru gothique, sous les rives bordières des trottoirs déboulant d’Ixelles. On peut rêver des moulins de la cité des aulnes tout là-haut, tout au vent. On rêverait d'être pesé à la Bascule, sortie Sud. On peut même y voir naître des choux nains. De l’autre côté, on plonge au cœur de la capitale, par la Marolle. Le vieux marché, les boulevards et le centre. On peut chanter la beauté des zones hautes et basses, leur architecture, leurs habitants, leurs mixités, on peut citer d’illustres représentants de faits historiques majeurs, pour la classe ouvrière, il y a un siècle, c’est loin, le socialisme, Saint-Gilles. Sa gente artistique, certains s’en souviennent. On peut rechercher l’authenticité. On peut passer par soi. On peut se tromper. On peut s’appauvrir. La précarité, c’est quand tu n’as pas d’argent pour te soigner les dents et qu’elles pourrissent. On pourrait démontrer qu’ici cela se passe et ce serait sans doute vrai. On démontrerait tout aussi bien le contraire. On peut croire, mais ce n’est plus original, au pouvoir de la poésie, la consistance des mots, l’impalpabilité des sorts, on peut croire au pouvoir du récit. L’on décèlerait dès lors les lieux dont on attend tout et ceux dont, tous comptes faits, on ne veut pas se saisir. On invoquerait des frémissements en bonnes voies sur un ton sophistiqué ou suffisant. On débusquerait des passerelles, des faux-fuyants. On déchiffrerait les itinéraires singuliers des piétons. On illuminerait leurs pas de belles intentions. On poserait des mots pour appeler des mots pour panser des vies, effrayés par toute cette solitude, cela s’est vu : CECI EST UN BANC DE CONVERSATION – THIS IS A CONVERSATION BENCH. lire la suite

26.09.2006

Le voile des communales

En réponse à la "question du voile" reposée en Belgique à l'occasion des élections communales prochaines, pour lesquelles, M. Charles Picqué, ministre-président du gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, chargé de l'Aménagement du Territoire, des Pouvoirs Locaux, de l'Emploi, des Monuments et sites, de la Rénovation Urbaine, du Logement, de la Propreté Publique et de la Coopération au Développement (rien que cela, tout de même), et chargé de la Politique des Grandes Villes, et Bourgmestre de Saint-Gilles à Bruxelles, déclare ne pas vouloir voir, à Bruxelles (les représentants des autres communautés n'ayant rien déclaré à ce sujet), parmi les assesseurs et les présidentes des bureaux de vote, ni femmes voilées, ni autres ostensibles signes religieux. Olivier Bonnet pose la question de savoir s'il faut-il monter au créneau à ce sujet. (Faut-il vraiment monter au créneau et hurler à la privation de la liberté... d'être opprimée - même si parfois consentante (endoctrinée, cuturellement asservie) - en tant que femme ?) Je pense que oui, cela en vaut la peine, amplement, de grimper au créneau, et quatre à quatre si possible, mais pas le créneau dont vous parlez, Olivier, mais celui qui y est opposé. Pour la bonne raison que notre état reste, jusqu'à nouvel ordre, laïc, et plus particulièrement parce que, lors de l'affaire dite du voile (chez vous, en France), notre vice-première ministre et ministre de la Justice, M. Lorette Onkelinx - et cette phrase résonne souvent en moi, parce que je ne l'agrée en rien - a dit à l'adresse des musulmans et particulièrement des femmes: "mais, ne vous en faites pas, ici, en Belgique nous n'avons pas la même conception de la laïcité". Sans plus d'explication. J'aurais aimé savoir ce que cette dame, qui parle si facilement en notre nom à tous, entendait par là. Qu'est-ce qu'une "conception différente de la laïcité"? A l'évidence, pour madame la ministre, cette notion est géométriquement variable. Sans doute voulait-elle dire que nous avons, de fait, une politique communautariste qui s'approche davantage de celle du royaume britannique. Or, c'est la première fois qu'un politique, de la carrure de M. Picqué, socialiste, ose dire ce que beaucoup pensent, nous ne voulons pas que les sphères privées et publiques s'interpénètrent, nous ne voulons pas voir ces signes ostensibles portés comme des revendications religieuses, et encore moins dans des services de l'état. Nous les ressentons comme autant d'aggression car les plus lucides de nos aïeux ne se sont pas battus contre le catholicisme politique pour qu'un islam politique le remplace. Et l'on voit ici, comme partout en europe - ce qui interroge nos amis maghrébins en visites chez nous - qu'il y a plus de jeunes femmes voilées qu'au Maroc ou qu'en Algérie. Ce qui est un comble, je trouve; et dénote d'un replis culturel d'une partie de la population et d'un recul de notre démocratie. J'attends donc que les athées et les démocrates se lèvent, et particulièrement parmi les plus concernés, dont on dit qu'ils sont issus de cette immigration en provenance des pays du Maghreb. Il conviendrait également, dans la foulée, que les citoyens réclament enfin avec force et conviction comme je le fais chaque année (une petite lettre en annexe de la déclaration d'impôt expliquant mon refus d'acquitter le prix de ce privilège, pourcentage et déduction faite), la suppression totale et définitive, comme récemment en Espagne (pays où le catholicisme politique triomphant bénissait les légions franquistes tout en dénonçant les résistants communistes et anarchistes), du prélèvement obligatoire en faveur des cultes. C'est le moins qu'on laisse aux citoyens ce choix-là.

22.06.2006

Le Livre sur la Chaussée

Rendez-vous le 25 juin 2006, de 9h00 à 20h00, Chaussée de Wavre à Bruxelles (entre Goffart et Tulipe) dans le cadre de "Matonge en Fête et en Musique". À la découverte de livres qui ne font pas toujours la une des médias et qui, pour vous, bande de veinards, descendent dans la rue. Deeeeemandez l'programme... Entre autres joyeusetés, vous jouirez des activités, lectures, concerts et expos, suivantes: Un atelier d’écriture bilingue ouvert à toutes les plumes et à tous les délires, animé par Luc Deflo et Sylvain Farhi (inscriptions sur place). Un cabaret littéraire et musical : Des auteurs, des musiciens, des comédiens vont faire jazzer, tourbillonner, valser les mots sous vos yeux ébahis et dans vos pavillons auditistiques. 14h -Isabelle Beirens & François Kah: Lectures croisées de «La fin du chocolat» de Fanny Chiarello et de «Rengaine» de Jean-Marc Flahaut. 15h -Christian Duray: Lectures inédites. 16h -Paul Hermant: Lectures des chroniques de Lautresite.com 17h -Pierre Duys: Lecture d’extraits de «Parfois au bout des routes» 18h -Jean-Louis Massot: Lecture d’extraits de «Carnet d’un poète assis sur l’horizon» d’Antonello Palumbo Intermèdes par Philippe Bégaux: Lectures coup de cœur et Musiques de Frank Wuyts (claviers) & Denis Van Hecke (violoncelle) Atelier d’écriture / Tables de conversation (Babbelut op straat) - Infos Centre Elzenhof et "Promenades Matonge" - Cocktails ! Exposition : Yves Budin, illustrateur jazz + Espaces Taggeurs Une table du monde : Cuisines de tous les continents Organisé par Les Carnets du Dessert de Lune et le Comité Wavre. Infos : +322 511 57 51 & +32477 22 97 25