19.07.2007

Attention ! Nouveauté ! Radio Piotr ! Ecoutez !

Bon çui-ci, L'Impro à la Cuisine, faut le laisser venir, se l'écouter à l'aise, sans se laisser plomber par les faux airs du début, ya un moment, ça décolle sec. Brûlez-vous pas les ailes, bordel ! Je vous jure, vous adorerez Bruxelles. (durée 30', alors prends-toi un pastaga et détends tes muqueuses.) (clique l'image !) Sinon, tu trouveras, chère lectrice-teur, sur Radio Piotr, nouvelle rubrique, le fond de ma voix, car j'y lis aussi des extraits de PArfoiS au BouT des RouTes, mon livre, mais oui ! Grave, non ? (durée 16') (clique l'image !)

13.07.2007

Poésie d'Amour Sauvage pour l'Epouse de Mon Cul

on pue ! tu penses ! pan ! Le monde se léchouille la grappe: Amour, bovaristes vendus, Patrie, gominus, troussus, glissants, rasées, poulpées, catins en laisse, Travail : culs ravinés vendent jusqu'à leur substance, assignés d'Amour, de Bonheur, de Prospérité, de Progrès, Famille: on s'en sortira tous ensemble, ouais ! Tous ensemble, tous ensemble, prédation grégaires: "Tous ensemble, c'est possible", tolérance... soumission, conditionnement, assujettis, coups de bites à l'arrache et piètres prières moites. Qu'ils crèvent ! Et l'asservissement avec eux. Place aux poulpes ! Ah ben oui, mon vieux, mais fallait pas accepter de vendre la terre, l'air et l'eau, ta chair, esclave. Déjà qu'on doit payer la farine. Substances essentielles, la vie. Non mais tu te rends compte de ce que cela signifie en vrai D'ACCEPTER DE PAYER POUR l'EAU DONT TON CORPS EST FAIT A 80 POURCENTS ? Et tout cela parait na-tu-rel: victimes apprivoisées ! Plaintes et complaintes.

10.07.2007

Florian Laska, l'inspiré d'aquilon.

A qui ne se délecte pas déjà de ses "Petites pensées libertaires" quotidiennes, sur son blog, j'ai le bonheur de présenter FLORIAN LASKA, enfant d'Apollon favori du Parnasse, pour qui l'anarchisme n'est pas strictement un mot, une idée ou une pose, mais un sentier, la voie libertaire, la plus authentique, la plus poétique, la plus humaine et juste manière d'envisager, de penser la société en fonction de l’individu et non pas l’individu en fonction de la société. L’on s’en trouve, sinon à l’opposé, à une distance telle que pour atteindre ce qui paraît au plus grand nombre comme un inaccessible idéal, il nous faudrait, comme d’aucuns le pensent couramment, tout recommencer. Florian, plutôt que de se perdre en conjectures, se met illico à la tâche, et la lumière fût ! Sous forme d’un premier roman, son premier livre, Ailes et Serres, est l’ouverture d’une trilogie annoncée d’emblée. Le prologue nous apprend que Dieu s’est révélé aux hommes. Rien que cela. Et que ceci a mis un joli bordel sur la Terre. Gouvernements et religions s'étant effondrés, l’embryon d’un nouveau monde eût à peine le temps de poindre qu’une minorité vorace, le Comité, reprît la Révélation à son compte, replongeant le tout dans une oppression pire que celle qui fut écrasée. C’est la fin de l’Histoire, et le début de ce roman qui ne manque ni d’inspiration, ni d’ambition, et dont le titre, Ailes et Serres, me fit immédiatement penser à la harpie héraldique, ce monstre hybride ailé composé d’un buste de femme et des attributs de l’aigle. Mais, Florian Laska nous convie au Pérou et c’est un condor majestueux qui plane nonchalamment sur nos faces, certain de n’être jamais soumis à nos destins de rampants. L’on apprend le nom d’une vallée, Colca, perdue l’on ne sait où, qui recèle un trésor sous la forme d’un clan, une tribu de rescapés ignorant tout de l'effroi de la domination du pouvoir et du travail forcé. Une cité idéale se cachant au regard de tous depuis la Révélation, sous le sable rouge du désert préandin. Le bien-être règne, et c’est le seul à qui l’on accorde ce genre d’attitude. L'indignité de l’ancien monde n’a pour statut que celui de légende. Les générations se suivent, et oublient. Mais la curiosité demeure un bien joli défaut. Le style sobre de Florian, basé sur un système à base trois, avance et marque le lecteur stratégiquement, en distillant sa philosophie avec mesure. On dirait qu'il est en guerre. Chaque paragraphe dispense le sens de ses visions. Car l'auteur est visionnaire et ne flâne pas. Il fond sur une proie qui n’est pas nous. Il suit la ligne de crête qui le mène à son objectif : détailler les incidences et les techniques de la Résistance, dépeindre les mécanismes de l’oppression, réapprendre à envisager à sa juste valeur la magie que recèle en soi l’objet « livre ». Ainsi, Florian invente des mystères, des souterrains dédaléens, une ville-machine contaminée, peuplée d’hommes-outils, de crasse et de mort. Il rend le portrait d’un pouvoir absolument mauvais, pleutre et violent, il y pose des êtres vivants, des éveillés qui doutent et refusent d'être les victimes. L’auteur lâchera même ses galions sur les océans, une Invincible Armada à la reconquête du monde asservi. Florian joue avec l'Histoire et ces symboles. Sa langue est une litanie du désert. Le texte est empli d'une sourde violence qui n'est pas implacable. Il répand de la chaux vive sur le cadavre des sociétés. Il dépeint les trajectoires tragiques de ses héros: un duo de frères, une gémellité, au sens antique, les deux faces d'une même tyrannie. Entre idéalisme et fantaisie héroïque, tout ici est dans l’ordre des symboles de la perte et du retour. Ailes et Serres est une épopée tragique et un traité de philosophie libertaire. Sa construction, son ampleur, le monde tentaculaire qu'il y déploie, sa complexité, sa cohérence, sa folie, me firent penser au cycle des Fondations de Isaac Asimov, bien qu'il ne s'agissent pas ici, à proprement parler, de science-fiction. Florian Laska publie, à compte d'auteur, ce premier roman que j'ai eu le plaisir de lire, disons-le tout net, d'une traite, en une nuit. Dès ouvert, il pose un monde, l’on ne repose plus le livre. Comme tout bon suspense qui se respecte, l'on n'en pourra plus de ne pas vouloir en connaître ni les arcanes ni la fin. C'est exactement pour cette raison que j’attends, sans impatience mais de pied ferme, le deuxième volume de la trilogique saga. Pour que celle-ci existe, et pour mon bonheur personnel, mais oui, tendres lectrices à venir et chers lecteurs, il faut acheter Ailes et Serres, immédiatement, forcément immédiatement. pierre duys (qui, vous l'aurez remarqué, n’est pas critique littéraire pour un sous, mais pour un bon bouquin, pourquoi pas ?) Extrait de Ailes et Serres : Elle se faufilait. Elle rasait les murs crasseux, ou ce qu’il en restait. La graisse seule semblait les faire tenir encore. Elle ne regardait personne, et tout le monde la regardait. Car ils étaient partout. Elle ne regardait surtout pas les murs, ils avaient des yeux. Sa concentration se fixait sur les petits berlingots d’eau entassés dans sa brouette de bois. Eviter les trous, dissimulés sous les flaques. Suivre les sillons des autres brouettes. Surtout ne pas les faire tomber. Sa journée serait perdue. Une journée perdue était un ventre vide. Et puis elle ne pourrait plus passer. Pire, le fond pourrait céder. Depuis qu’elle avait dix ans, elle distillait l’eau noire. Il n’y avait plus d’eau courante depuis longtemps, à Lima. Tout était devenu sale. Même la pluie. Sa mère ne savait faire que cela, elle le lui apprit donc. Elle disait qu’on aurait toujours besoin de boire. C’était un métier d’avenir. Et utile pour les gens, ajoutait-elle devant la moue de son enfant. Quand on était de petites gens, c’était appréciable de faire quelque chose de gratifiant. Julia l’avait vite compris. Oui, c’était utile. Tout le monde buvait, et cela ouvrait les portes. Elle avait même livré les hauts miliciens, ce matin. Ceux-là étaient comme les autres, finalement. Ils buvaient au berlingot. Il n’y avait que les membres du Comité pour avoir de l’eau fraîche. Ils la faisaient venir de la montagne, par barils. Quand les lamas ne pouvaient plus passer, c’était à dos d’homme qu’on la leur descendait. Ils avaient toujours vécu sur le dos des hommes. Ils les bâtaient, comme des bêtes. Ils les battaient, comme des hommes. Cela avait toujours été comme ça. Depuis la nuit des temps. Non, elle devait se reprendre, elle savait que c’était faux. Elle l’avait seulement toujours vécu. Et elle savait qu’ils mentaient. Sa grand-mère les avait même vus arriver. Ce n’était pas si loin. Ces gens-là n’étaient rien, avant. Ils étaient des voisins. Le livre le montrait suffisamment bien. Et aujourd’hui ils les traitaient en sous-hommes. Pourquoi ? Ils avaient les armes. Donc le pouvoir. Au fond, ils se donnaient trop de peine, de mentir. Ils n’auraient qu’à tirer, à la place. Mais ils avaient besoin des hommes. Quand on aime commander, il faut avoir quelqu’un pour obéir. Et puis, qui reconstruirait les villes ? Il fallait surtout sauver les apparences, faire illusion. Les armes, c’était pour les protéger, le pouvoir, pour les guider. Elle ôta quelques secondes ses yeux des sachets de plastique, et regarda autour d’elle. Elle hocha la tête, goûtant peu l’ironie. La réalité était tellement nue qu’elle supportait encore moins les mensonges que ce qu’ils masquaient. Car en plus de les mépriser, ils les humiliaient. Le peuple sentait tout cela. Et les maîtres le savaient bien. Mais ils voulaient tout de même le lui faire croire. Ils voulaient croire qu’il le croyait. Ils se mentaient aussi. C’était le menteur qui avait peur. Il pensait que l’exprimer était plus dangereux que la vérité elle-même. Car seul l’aveugle pouvait ne pas la voir. Elle était là, toute sale, dans la rue, chez les gens. Et la peste n’en était pas la seule responsable. Le peuple était fait d’imbéciles et de parasites, le Comité avait souhaité le leur faire comprendre en leur disant qu’ils étaient intelligents et importants. A force d’armes. De qui les protégeait-il ? Il était leurs souffrances. Vers où les guidait-il ? Anéantir signifie pousser vers le néant. Dans le livre, la société d’avant n’était pas parfaite, mais elle ne pouvait être pire que celle-là. S’ils avaient su ! Les gens n’avaient pas pu tout détruire pour ça. La porte était là, il fallait l’écarter. C’était une sorte de toile épaisse, transparente. On devait pouvoir observer les gens. Ce n’était pas parce qu’on avait accepté qu’ils aient un toit, qu’ils pouvaient faire n’importe quoi. Celui qui s’en serait senti gêné avait quelque chose à cacher. Alors les miliciens observaient. Et puis, ce n’était pas « chez soi », c’était juste un endroit pour dormir. Bien poser la brouette. Surtout qu’elle ne se renverse pas. Ne pas tout perdre maintenant. Soudain, des mots crachés, aboyés, la fit sursauter : « Où vas-tu par là, Julia ? » Toutes les femmes à portée de voix s’étaient retournées. Toutes les femmes s’appelaient Julia. Depuis trois ou quatre générations, les filles qui naissaient à travers le monde devaient s’appeler Julia, Julie, ou July. Le Comité en avait décidé ainsi. Il avait dit que ce serait plus simple. Et dans ce souci de simplification, les garçons s’appelleraient Julio. Ou Jules. Le Comité était plein de surprises. Au fond, les deux branches du pouvoir, les Communistes et les Justiciers, avaient chacune atteint leurs buts : les hommes n’avaient plus droit à rien, et ils n’avaient plus aucun droit. La façon même de marcher était réglementée. Trop vite, cela n’était pas normal : on n’avait aucune raison d’être en retard ; trop lentement, on se moquait du monde. Les lois prescrivaient la simplicité, la normalité: il fallait marcher normalement, et s’appeler simplement. Mais cela ne voulait plus rien dire. Autant ne pas s’appeler. Autant s’appeler « eh ! ». Un nom, au bout d’un moment, définissait une personne. Il la personnalisait. C’était bien le problème. Cela procédait du même principe. Dans sa magnanimité, le Comité permettait une appellation, mais, étant la même pour tous, elle humiliait plus encore. Tout le monde était pareil, mais on devait tous avoir le droit à un nom. On avait tous la même chose, partageait tous la même indigence, le même avilissement. Le même néant. Oui, on était tous identiques. Le nom nous appelait, et nous le rappelait. Dans sa perversité, le Comité avait toujours ce souci de l’apparence. Un nom comme avant, permis ; mais un nom comme maintenant, imposé. Julia fit une moue. Cela lui était égal, au fond, ce n’était qu’une image de soi, un nom. Un mot n’était pas le gage de son existence. Quel que fût le nom qu’on lui aurait donné, car c’était toujours un autre qui vous donnait votre nom pour vous définir, oui, quel qu’il eût été, elle était elle. Bien autre chose qu’une interjection, qu’une consonance, elle était un être, une lutte, elle était Libertad. Oui, mère, pensa-t-elle, cela était bien utile, de vendre de l’eau. Mais non, ce n’était pas un métier d’avenir : un jour, l’eau serait naturellement pure, et bue par tout le monde. Mais en attendant, Libertad étant la seule à aller quelque part, c’était la Julia qui devait répondre. « Livraison d’eau propre, camarade, dit-elle simplement. - A qui ? répondit l’homme froidement. - A une vieille. - Tout ça ? - La journée n’est pas finie. » Maîtrisant leurs chevaux, ils soulevèrent les berlingots avec leurs triques. Puis ils descendirent. Comme tous les jours. Ils en prirent trois. Ils étaient trois. Ils la regardaient ; elle regardait la brouette. Le bruit de suçon qu’ils faisaient sur le plastique lui était odieux. Vulgaire. Les miliciens violaient les filles. Mais, au-delà de cela, ils obéissaient. Leur chef les appelait, on avait arrêté un séditieux. Elle replaça la porte de toile derrière elle. Elle avait le mérite de protéger un peu du froid, l’hiver, si ce n’était l’intimité. Mais elle n’empêchait pas quelques rats de s’y insinuer, de temps en temps. Heureusement, ils se faisaient de plus en plus rares. On les avait presque tous éliminés. Ou bien ils se cachaient ailleurs, attendant des jours meilleurs. Elle mit un œil au trou qui traversait le mur. Celui-là était le seul qu’on avait volontairement percé. Les autres provenaient d’anciens combats. Mais ils étaient si larges qu’on y aurait vu l’œil entier s’y poser. Et se mettre devant la toile pour regarder dehors vous aurait rendu suspect. Personne ne semblait l’avoir suivie. Mais voyait-on ces gens-là ? C’était un risque. Un de plus. On les avait acceptés. L’on mourrait ainsi, un jour ou l’autre. Mais debout. Le choix était si simple ! Vivre longtemps, comme ces rats traqués. Ou mourir tôt, en homme fier. Ce n’était plus qu’une question de mathématiques, après. Plus ou moins de chiffres ajoutés à l’âge. Entre un chiffre et un rêve, ils avaient choisi. Au fond, ce qu’avait révélé Dieu aux hommes, et que dans les veillées, les anciens, tout bas, apprenaient aux enfants, ne leur demandait rien d’autre que de lutter, de vivre pour quelque chose, puisque très bientôt, l’on mourrait pour rien. Le message les convainquait de résister. Oui, c’était un message révolutionnaire, contre-révolutionnaire, et révolutionnaire encore. Jusqu’à la fin du cycle, jusqu’à la liberté des hommes. Il fallait juste savoir le lire. On était tous semblables, et personne n’avait rien à perdre à mourir. Ni rien à gagner à vivre. Cette vie-là, en tous cas. Mais combien une vie belle, libre, passionnée, devait être difficile à quitter ! Comme elle aurait préféré la regretter, la vie, plutôt que de la subir, et partir sans peine ! Libertad avait décidé de troquer des remords pour des regrets, si la chance le lui permettait un jour. Car le passage signifierait alors qu’il fut beau. Que voulait-on que l’on pleurât sur ce quai-là, au grand départ ? Le seul droit qu’avaient les gens était la vie, mais seule la mort leur apporterait celui d’être en paix, et libres. Car on savait que ce sommeil-là était le seul qui serait profond, soulagé des incessantes interruptions à coups de crosse, entre deux rêves. Plus d’ordres, hurlés aux oreilles, plus de crachats, coulant sur le visage. Plus de sensation, plus de concession, plus de honte. Alors la mort rendait fort dans cette lutte pour la vie. Oui, les anciens, dans les veillées, sans s’en douter, résistaient. Le Comité n’avait-il pas interdit de parler de la Révélation ? De l’évoquer même ? N’était-ce pas une preuve ? Mais ses membres, n’en parlaient-ils pas à leurs enfants ? Que leur disaient-ils donc aux veillées ? Y avait-il seulement des veillées, chez eux ? Y avait-il des enfants ? S’appelaient-ils Jules, ou Julie ? N’étaient-ils pas comme les autres hommes ? Et où étaient-ce chez eux ? Libertad disait qu’il y avait deux races d’hommes sur terre. Ceux qui se cachaient, et ceux qui surveillaient. Ceux qui rêvaient, et ceux qui réveillaient. Ceux qui étaient terrorisés, et ceux qui avaient peur. « Les as-tu ? fit soudain une voix familière. - Oui, Alma. - Apporte-les, s’il te plait. Il faut les vérifier. Ils doivent être propres. » Libertad fit longer les murs à la brouette, contourna la maigre table, lui fit descendre une étroite planche posée sur les marches, et l’immobilisa devant une vieille femme encapuchonnée. Celle-ci prit un berlingot. Peut-être avaient-ils été comptés. Elle rendait grâce aux quelques dents qui avaient accepté pour quelque temps encore de mourir dans sa bouche. Elles lui permettaient d’obtenir le filet d’eau attendu. La jeune fille était retournée au mur, et en retirait déjà son œil. Elle emprunta le même chemin, descendit les marches, déposa une couverture à côté de la brouette, en empoigna fermement les bras, et la fit basculer. Le rituel pouvait se poursuivre. Le loquet, le double fond, l’apparition du trésor. Une vingtaine d’exemplaires, bien ficelés, y étaient soigneusement fixés. La vieille femme en prit un. Ses doigts noueux retournaient respectueusement l’arme dans tous les sens. Elle était grave. C’était les munitions qu’elle attendait. Les livres étaient arrivés ! Florian Laska

14.05.2007

Les dauphins ivres

Vos papiers ! Vous êtes Belge ? Oui, mais j’ai faim, dans deux jours je serai à la rue, je crois le propriétaire lorsqu’il affirme qu’il expulsera mes affaires. La madame te dit d’attendre. Elle n’y peut rien, c’est normal, où sont tes papiers en règle ? On les appelle des sans-papiers, ils sillonnent les allées mourantes à la fin du marché, en face du Théâtre municipal, le samedi matin. Tu trouveras peut-être de quoi subsister. Fruits et légumes, rebuts maraîchers, concurrence des mouettes et leur infecte habitude de s’agglutiner à la nourriture. Le soleil aiguillonne des nuages. Tes pas écrasent la pluie. Tu évites la vitrine de la boulangerie. En très très gros plan : le dernier paquet de spaghetti dans ton placard vide. Ne pas l’ouvrir. Pas déjà. Pas maintenant. Frigo débranché depuis des semaines. Cette maison te nie. Tu rejoins la pièce minuscule de laquelle tu n’es pas sorti depuis un an. Tu as renoncé à chercher du travail. On n’a besoin de toi nulle part. Le désert. Tes envies évaporées depuis belle lurette. Tu y songes devant l’air moqueur des tours de la centrale de police. Absolument trouver la force d’entreprendre les démarches adéquates, il faut se confronter, c’est l’occasion de témoigner, cette résistance te pousse en avant. Jeunes femmes charmantes. Au VDAB, c’est l’office pour l’emploi, on t’inscrit comme demandeur d’emploi. — On va faire un petit entretien et un petit test de langue, dit Zora. — Mais si, vous parlez très bien, oppose-t-elle à mes doutes, je comprends tout ce que vous me dites, alors... Dans quelle langue parlons-nous à votre avis ? Il faut avoir un tout petit peu confiance en soi pour retrouver du travail. Combien vous mettez-vous, sur cinq, en néerlandais ? — Trois ? — Ah non monsieur, moi je vous mets un grand cinq ! (Elle note un grand cinq.) Bon, que faites-vous, que savez-vous faire, je veux dire dans la vie, votre métier, on va remplir une fiche, vous allez me dire vos compétences, on va vous inscrire et dès lors vous pourrez vous inscrire à l’OCMW. Vous êtes inscrit à la Commune ? Non ?! Mais, vous devez vous inscrire à la Commune, d’abord, pour vous inscrire ici ! Ces inscriptions me filent mal au crâne. — La Commune dit de commencer ici. — Pardon ? Et la mutuelle, avez-vous une assurance mutuelle ? Vous n’en avez jamais eu. Alors ça ! J’aimerais pas être à votre place. Cela va vous coûter cher. Vous cotisez un peu tard tout de même. À votre âge, des gens contribuent depuis longtemps. J’abrège, je salue, je sauve ma peau et ma santé mentale.
pierre duys

13.05.2007

Devoir décrire

J'ai en horreur d'être assis sur mon cul. Je préfère gambader. En vadrouille, sifflant sous les merles, des mots sautillent alentours qui s'asseoient sur mes épaules; ils ne me lâchent pas jusqu'à ce que je les couche quelque part.

11.05.2007

pourquoi, diable, voulaient-ils qu'on se trompe avec eux?

On me l'avait dit je l'avais lu pas écouté fais gaffe ! ici c’est hypocrite jouer le jeu, tu n'auras que cela à faire on appelle ça réussir ton existence on ne te le dira qu’une fois, gaffe ! au moment où le gars dit, je me souviens, j'ai pas dix ans, c'est plié, évident, j'irai à pieds. Les airs affairé, dépité, coincé, barbare, conquérant, ils avaient. Je me demandais : pourquoi se débattent-ils? Je voyais bien qu'ils passaient tout ce temps à faire croire. Des mimes. A faire croire aux autres qu'ils contenaient la situation, qu'ils tenaient la barre. De temps, ils ne s'en servaient pas pour développer la moindre petite parcelle de lucidité. On s'arrose de postillons gras, surtout, surtout, on ne sort pas du sillon. Intellectuellement, des bêtes. Réflexifs. En vie. Voilà. Acteurs des modèles consacrés. Affairés au sein d'eux. Ils n'eurent pas l'idée de penser rien. Le quotidien. La réalité est la réalité. Pas la peine d'en discuter. "Tu crois tout de même pas que t'es en démocratie ici, tu seras en démocratie quand tu gagneras ta croûte, alors tu feras ce que tu voudras, en attendant, tu te soumets." Leur conception du monde. Construire, obéir, parader, prier que cela ne se voit pas, tricher. La Loi est faite pour être détournée. La Loi. Se foutre sur la gueule. Méprise, malentendus, intimes parcs déréglés, avidité. Les prédateurs et les victimes. Monde binaire. Toi, petit, tu es victime. Les prédateurs sont innocents. Pas une brassée de recul. Ils se rangent à l'évidence. Rien de moins fou qu'un assassin. Tu es sur ma route, je t’en dégage. Les assassins ne sont pas des fous. Rien de plus humain qu'un assassin. Rien de plus logique. Tu m’empêches, je te tue. La justice est forcément divine. Il n'y en a point sur terre. Dès lors, point non plus d'injustice. Causeries, poses, allégations, mensonges. J’allai à bonne école. Ces salauds, dans le genre, quels phénomènes! Ils causaient d'argent et de choses et de standing et de veaux d'or; des voisins, ces crétins, ce qu'ils disaient d'eux, leurs possessions, ce manque de classe. Faire la liste de ceux dont ils allaient tirer du blé. Les pigeons, les autres. Je ne comprends toujours pas. A mon âge. N'est-ce pas malheureux? Je ne veux pas comprendre. Je ne veux pas me charger de cela. Ce ne sont pas mes valises. Ils se taperaient les couilles au béton, je ne filerais pas de ce coton-là. Dingue: avoir des neurones en trop et ne pas voir le bon plaisir à niquer les voisins? Ils auraient pu faire de moi un ministre! Au moins. Un roi! Leur complexe, je servais de malle à leurs déficiences. Je suis nettement plus intelligent que Bill Portes lui-même. M'a-t-on dit. On croirait pas, hein ? Ils m'ont fait examiner. La science a tranché, mon pote. Cela les a rendu fou. Non plus avocat mais batonnier, président! Alors. Alors, pourquoi ne pas hurler avec les loups ? Des gens abjects, des ahuris confondant tout. Et, avant tout, le mépris qu'ils ont pour ce qui n'est pas de "leur monde". Le mépris qu'ils ont pour eux-mêmes. Cette vague de fond qui les ronge. Le mépris. La sublime impuissance à transformer le quotidien par d'autres biais que ceux de meurtres successifs. Des névrosés - type classique - chopés comme des mouches dans la glue qui unit leur fantasme d'hyperpuissance et la réalité de leur infirmité. Infécondité, inhibition, insuffisance, misère psychique, ignorances et bornes. Rendus hargneux, immortels, paranos: élévation sociale relative. On dirait des beaufs. Ce serait faire trop d'honneur. Des ordures, platement. Les adultes sont tellement cons. Quelle est la valeur de la liberté si les fous sont libres de réduire en esclavage quiconque ne les suit dans leur nécrose? Il n'est pas question de classe contre classe, il est question de santé mentale. Les plus hautes responsabilités sont rendues aux plus insanes ambitieux. Moi, tu penses, pas fou pour un sou, j'ai pris la tangente rapide. Les poses étriquées, les platitudes, les rages, ils les endosseraient seuls. Quoi de pire que d'octroyer à un salaud une seule raison de se déployer? Il n'hésite pas: il voit cette arme, il te tue. Le fascisme n'est-ce pas cela, le mépris institutionnalisé? La civilisation ne fait que rendre la guerre plus symbolique. On te tue, symboliquement. Civilisation de morts-vivants. Ce n'est pas que les populations soient prêtes ou non au fascisme. C'est qu'elles le pratiquent. Le mépris comme mode quotidien non seulement de gouvernance mais d'existence. Si tu as l'occasion d'arnaquer ton voisin, fils de pute, tu n'hésites pas un instant, c'est la vie! Je le sais, tu le sais, on le sait tous. Seize ans de tôle. A huit ans je disais: je me casse de cette baraque de fous. Et, je l’ai fait. A plusieurs reprises. A huit ans. C'est dire l'ambiance générale. Il n'était pas question que j'en sois. Je ne ferais pas partie de ce clan. Je ne serais pas ce salaud. Ils avaient élevé un chien pour attaquer les chevelus et les nègres. Ce sont leurs termes. Je te jure, c’est vrai. Ils le lâchaient dans la rue, l'air de rien, quand ils voyaient "un specimen". Ce sont leurs termes. Je te jure. Ils décelaient leur identité à l'encontre de celle des autres, bien incapables d'en construire une par eux-mêmes. Je les trouvais beaux, moi, ces gens de côté. Les fleurs, les cheveux, la danse, la fumée. La solidarité, les fringues élégantes. Ils ne se glorifiaient pas de leur souffrance, ils ne s'en faisaient pas des dieux, ils traitaient le monde à distance, respectueux. Ils ne se flagellaient ni ne palabraient à geindre ni à plaindre les plus faibles ni à tourmenter. Je trouvais ça chaud, moi, mes poteaux, mes enfants fleurs. Je laisserais les fous se bouffer, se mordre, s'assommer en choeur. Nous, on vivrait sans remords. On aimerait sans frais de port. On aurait pas peur. Sans y penser. Vivre, mourir, en paix, serait notre dignité. On m'avait dit: tu ne seras jamais rentier, on te déshéritera, si tu continues de refuser, on va te casser. Tu resteras seul. A quarante ans, ce sera moins drôle, tu sais. Les femmes aiment l’argent, le confort. Comment vivre sans femme? Ni confort ni famille? Le niveau de leur questionnement m'effarait. Sans toi, famille, cette ordure. Tu perdras tes dents, tes amis, tu dormiras dehors, assisté, dépendant, c'est ce que tu veux ? Aucune dignité ? Je ne mets pas ma dignité dans ce que je possède. Je ne veux rien posséder, ni personne. Je ne suis aps à vendre. Je n'ai rien à vendre. Je donne. Depuis, j'ai toujours donné. Tiens, mange! Mange des vitamines! Des oranges Mon ami Me disait l’édenté Je me verrais matin. J'aurais bonne mine. Je regarderais, apaisé, éthéré, le monde. Ma joie, ils me la feraient payer. Je disais: pas nous, c'est pas possible, je suis bon, je les aime. Pas cru mon georges ni mon léo ni mon boris, je ne voulais pas croire que ces bonnes gens manquaient à ce point d’humanité, d'imagination. Oooooooh oui! Cette vacuité, foutrement certains de posséder leur destin. La Vérité: leur souffrance. Me le faire payer très très chers… Tu suis le mouvement ou tu déguerpis Glapissent-ils, tu boiras ta pisse, morveux, c'est l'armée qu'il te faut, métisse, pour t'apprendre à vivre mieux. Le vieux la vieille les génisses géniteurs éducateurs, ces caves s'octroient, de force et de fait, pouvoir sur ta pomme, parce qu’ils sont là, tu leur appartiens, leur chair pourrissante, la jalousie des vieux, la merde des vieux fuyants, leurs doigts rances enfoncent tes espérances. Te faire à leur image : raide, rigide, aigrie. Y'a pas d’raison qu’il n'y ait qu’eux qui en bavent. TU PLIES OU TU TE BARRES ON TE CASSE TU PAIERAS TA MUTINERIE GROS DEGUEULASSE MES TRES TRES TRES CHERS... COMPATRIOTES. EH BIEN, VOUS SAVEZ QUOI ? JE NE VOUS EN VEUX NI NE VOUS PLAINS J'AI DES AMIS DANS LES BOIS QUI N'ONT NI LOI NI FOI NI ROI
pierre duys

10.05.2007

pourquoi, diable, voulaient-ils qu'on fasse comme eux?

C'est que, tu vois, quand je suis paresse, je suis très paresse, et quand je suis grise mine, je suis reclus, et les coups de pieds au Q je les évite et m'en gausse; en ce moment, je compose. pierre duys

09.05.2007

Pourquoi, diable, voulaient-ils me voir debout?

Cette délivrance. Ne plus avoir envie. D'aucuns disent le paradis. Nirvana ? Je ne veux pas de souvenir. pierre duys

07.05.2007

Si c'est pas d'l'amour ça !

L’encre de fièvre (par Nina LouVe) Tu m’fais bander Baïe-bee rut Avec toute l’encre pure fougue Qui coule de tes lèvres Avec ton AaH paraître qui fonce dans ma tanière Ton pas paraître, tout vrai tout toi, brut et bô. Encre de fièvre hors bahut Nous, en noir et rouge futures archives Encre de fièvre sans statut Nous, en voir et bouge futures exilés Partis sans maudire Partis continuer Sortis pour l'emballade Revenus pour coïre Descendus pour une rousse Arrivés pour le café Nous, ailleurs réunis Nous ensemble bêtes de sème »»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»»» Encre de fièvre coulée bue lue magnifiée dévorée Tu m’fais river les griffes aux draps Tu m’fais virer la croupe offerte Et ton désert et mes langueurs Font des triples saltos Sans lame Sans glace Tu murmures je geins tu grogne Je me plains avec la gorge et le ventre Et on fait là, de drôles de dessEins … Encre de fièvre Liquide et chaude Mouillante montée Vit serré puys causant Tout s’écrit à la minute même Avec du tact et des soupirs Baïe-Bee Bé-Bizz Bi-good Bee-long Tu m’fais rêver rivée bandée Quand Comme une bête gourmande et fière Tu enfonces jusqu’au troisième phalange Tu hameçonne et fouille Tu plante tes plaintes jusqu’au fond Tu me pousse et me tire Ö… Baïe-Bee rut Écris ça sur mon rivage Écris-moi ça sur le visage Tes moult careSSeS reste entre trouble-nous pluS voilà... Point G. Q levé. A dessiné destiné dessous loVé J'M hésitants. B bouche ouverte C seul devant le D et le X Ex patries Exils Z'ôrevoirs et merci. -------------------------------------------- L'Auteure: Nina LouVe L'entendre: LA LOUVE HURLE --------------------------------------------

25.04.2007

Ses trésors comestibles 2

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Elle est partie au milieu de l'après-midi. J'étais couché sur ce matelas couvert de livres. Je ne lis jamais moins de dix bouquins à la fois. Trois, quatre, centaines, par an ? Pas assez long, la durée d'une vie, pour apprécier ne fût-ce que la production d'une seule rentrée littéraire, dans un seul pays francophone. On appelle ça de la culture. Je me nourris, entre autres choses, de livres; ils se nourrissent de nous, elle m'affamait. Affalé, je bandais. Nous avions passé trois heures, murmurant. Elle avait pleuré. Elle s'était habillée, puis assise, puis relevée, déshabilleé, elle avait parcouru plusieurs fois la pièce, le salon, le bureau, la chambre à nouveau. Elle se réfugia dans la salle de bain. Son corps ne trouverait pas le point d'insertion dans l'espace. Elle était foutue. Accroc. Rien qu'à y penser, elle en mouillait. De temps en temps, j'écartais ses cuisses pour humer son parfum. L’espace, nous le modelions, de nos corps. Nulle symbiose contre laquelle l'on ne se battrait. On voudrait être libres mais... la possibilité d'admettre l'inéluctabilité de la pénétration de nos membres nous triturait les organes. Nous ne voulions pas tomber en amour. Nous voulions le déréglement, l'abondance, la licence. Nous mordillions les burnes du panurgisme ambiant. Sous le poids de cette intolérable symbiose, nos chemins de sable se transmueraient peu à peu en Nil placide. Pour l'instant, l'effervescence rongeait nos organes. Les grains de sa peau de faîne. Ses muscles longs et vipérins, flanqués de lentes hésitations, d'un lyrisme cosmique, s'écoulaient gracieusement. Sa carnation cannibale. Le magnétisme de nos esprits irradiant le silence de pulsions bestiales. Nous aurions dû nous pourlécher en voyant s'affronter nos navires d'infortunes plantés-là, au centre de nous-mêmes, pollués des champs des mines sombres de l'ennui que le spectacle mièvre de la fadeur des autres avait disséminé au hasard, sous la surface des océans de détresses, ceux des fous qui n'ont pas peur, comme tout le monde, de n'être rien. Un silence franc et prospère qui vaut toutes les voyelles de la terre m'inondait de surdité paisible. J'aurais voulu tout perdre.
pierre duys ----------------------------------------------------------- Lire la première partie -----------------------------------------------------------