On me l'avait dit
je l'avais lu
pas écouté
fais gaffe !
ici c’est hypocrite
jouer le jeu, tu n'auras que cela à faire
on appelle ça réussir
ton existence
on ne te le dira qu’une fois, gaffe !
au moment où le gars dit, je me souviens, j'ai pas dix ans, c'est plié, évident, j'irai à pieds.
Les airs affairé, dépité, coincé, barbare, conquérant, ils avaient. Je me demandais : pourquoi se débattent-ils? Je voyais bien qu'ils passaient tout ce temps à faire croire. Des mimes. A faire croire aux autres qu'ils contenaient la situation, qu'ils tenaient la barre. De temps, ils ne s'en servaient pas pour développer la moindre petite parcelle de lucidité. On s'arrose de postillons gras, surtout, surtout, on ne sort pas du sillon. Intellectuellement, des bêtes. Réflexifs. En vie. Voilà. Acteurs des modèles consacrés. Affairés au sein d'eux. Ils n'eurent pas l'idée de penser rien. Le quotidien. La réalité est la réalité. Pas la peine d'en discuter. "Tu crois tout de même pas que t'es en démocratie ici, tu seras en démocratie quand tu gagneras ta croûte, alors tu feras ce que tu voudras, en attendant, tu te soumets." Leur conception du monde. Construire, obéir, parader, prier que cela ne se voit pas, tricher. La Loi est faite pour être détournée. La Loi. Se foutre sur la gueule. Méprise, malentendus, intimes parcs déréglés, avidité. Les prédateurs et les victimes. Monde binaire. Toi, petit, tu es victime. Les prédateurs sont innocents. Pas une brassée de recul. Ils se rangent à l'évidence.
Rien de moins fou qu'un assassin. Tu es sur ma route, je t’en dégage. Les assassins ne sont pas des fous. Rien de plus humain qu'un assassin. Rien de plus logique. Tu m’empêches, je te tue. La justice est forcément divine. Il n'y en a point sur terre. Dès lors, point non plus d'injustice. Causeries, poses, allégations, mensonges.
J’allai à bonne école. Ces salauds, dans le genre, quels phénomènes! Ils causaient d'argent et de choses et de standing et de veaux d'or; des voisins, ces crétins, ce qu'ils disaient d'eux, leurs possessions, ce manque de classe. Faire la liste de ceux dont ils allaient tirer du blé. Les pigeons, les autres.
Je ne comprends toujours pas. A mon âge. N'est-ce pas malheureux? Je ne veux pas comprendre. Je ne veux pas me charger de cela. Ce ne sont pas mes valises. Ils se taperaient les couilles au béton, je ne filerais pas de ce coton-là.
Dingue: avoir des neurones en trop et ne pas voir le bon plaisir à niquer les voisins? Ils auraient pu faire de moi un ministre! Au moins. Un roi! Leur complexe, je servais de malle à leurs déficiences. Je suis nettement plus intelligent que Bill Portes lui-même. M'a-t-on dit. On croirait pas, hein ? Ils m'ont fait examiner. La science a tranché, mon pote. Cela les a rendu fou. Non plus avocat mais batonnier, président!
Alors. Alors, pourquoi ne pas hurler avec les loups ?
Des gens abjects, des ahuris confondant tout. Et, avant tout, le mépris qu'ils ont pour ce qui n'est pas de "leur monde". Le mépris qu'ils ont pour eux-mêmes. Cette vague de fond qui les ronge. Le mépris. La sublime impuissance à transformer le quotidien par d'autres biais que ceux de meurtres successifs. Des névrosés - type classique - chopés comme des mouches dans la glue qui unit leur fantasme d'hyperpuissance et la réalité de leur infirmité. Infécondité, inhibition, insuffisance, misère psychique, ignorances et bornes. Rendus hargneux, immortels, paranos: élévation sociale relative.
On dirait des beaufs.
Ce serait faire trop d'honneur.
Des ordures, platement.
Les adultes sont tellement cons.
Quelle est la valeur de la liberté si les fous sont libres de réduire en esclavage quiconque ne les suit dans leur nécrose? Il n'est pas question de classe contre classe, il est question de santé mentale. Les plus hautes responsabilités sont rendues aux plus insanes ambitieux.
Moi, tu penses, pas fou pour un sou, j'ai pris la tangente rapide.
Les poses étriquées, les platitudes, les rages, ils les endosseraient seuls.
Quoi de pire que d'octroyer à un salaud une seule raison de se déployer? Il n'hésite pas: il voit cette arme, il te tue. Le fascisme n'est-ce pas cela, le mépris institutionnalisé? La civilisation ne fait que rendre la guerre plus symbolique. On te tue, symboliquement. Civilisation de morts-vivants.
Ce n'est pas que les populations soient prêtes ou non au fascisme. C'est qu'elles le pratiquent. Le mépris comme mode quotidien non seulement de gouvernance mais d'existence. Si tu as l'occasion d'arnaquer ton voisin, fils de pute, tu n'hésites pas un instant, c'est la vie! Je le sais, tu le sais, on le sait tous.
Seize ans de tôle. A huit ans je disais: je me casse de cette baraque de fous. Et, je l’ai fait. A plusieurs reprises. A huit ans. C'est dire l'ambiance générale. Il n'était pas question que j'en sois. Je ne ferais pas partie de ce clan. Je ne serais pas ce salaud.
Ils avaient élevé un chien pour attaquer les chevelus et les nègres. Ce sont leurs termes. Je te jure, c’est vrai. Ils le lâchaient dans la rue, l'air de rien, quand ils voyaient "un specimen". Ce sont leurs termes. Je te jure. Ils décelaient leur identité à l'encontre de celle des autres, bien incapables d'en construire une par eux-mêmes.
Je les trouvais beaux, moi, ces gens de côté. Les fleurs, les cheveux, la danse, la fumée. La solidarité, les fringues élégantes. Ils ne se glorifiaient pas de leur souffrance, ils ne s'en faisaient pas des dieux, ils traitaient le monde à distance, respectueux. Ils ne se flagellaient ni ne palabraient à geindre ni à plaindre les plus faibles ni à tourmenter. Je trouvais ça chaud, moi, mes poteaux, mes enfants fleurs. Je laisserais les fous se bouffer, se mordre, s'assommer en choeur. Nous, on vivrait sans remords. On aimerait sans frais de port. On aurait pas peur. Sans y penser. Vivre, mourir, en paix, serait notre dignité.
On m'avait dit: tu ne seras jamais rentier, on te déshéritera, si tu continues de refuser, on va te casser. Tu resteras seul. A quarante ans, ce sera moins drôle, tu sais. Les femmes aiment l’argent, le confort. Comment vivre sans femme? Ni confort ni famille? Le niveau de leur questionnement m'effarait.
Sans toi, famille, cette ordure.
Tu perdras tes dents, tes amis, tu dormiras dehors, assisté, dépendant, c'est ce que tu veux ? Aucune dignité ?
Je ne mets pas ma dignité dans ce que je possède. Je ne veux rien posséder, ni personne. Je ne suis aps à vendre. Je n'ai rien à vendre. Je donne.
Depuis, j'ai toujours donné.
Tiens, mange!
Mange des vitamines!
Des oranges
Mon ami
Me disait l’édenté
Je me verrais matin.
J'aurais bonne mine.
Je regarderais, apaisé, éthéré, le monde.
Ma joie, ils me la feraient payer.
Je disais: pas nous, c'est pas possible, je suis bon, je les aime. Pas cru mon georges ni mon léo ni mon boris, je ne voulais pas croire que ces bonnes gens manquaient à ce point d’humanité, d'imagination.
Oooooooh oui!
Cette vacuité, foutrement certains de posséder leur destin. La Vérité: leur souffrance. Me le faire payer
très très chers…
Tu suis le mouvement ou tu déguerpis
Glapissent-ils, tu boiras ta pisse, morveux, c'est l'armée qu'il te faut, métisse, pour t'apprendre à vivre mieux.
Le vieux la vieille les génisses géniteurs éducateurs, ces caves s'octroient, de force et de fait, pouvoir sur ta pomme, parce qu’ils sont là, tu leur appartiens, leur chair pourrissante, la jalousie des vieux, la merde des vieux fuyants, leurs doigts rances enfoncent tes espérances. Te faire à leur image : raide, rigide, aigrie. Y'a pas d’raison qu’il n'y ait qu’eux qui en bavent.
TU PLIES OU TU TE BARRES
ON TE CASSE
TU PAIERAS TA MUTINERIE
GROS DEGUEULASSE
MES TRES TRES TRES CHERS... COMPATRIOTES.
EH BIEN, VOUS SAVEZ QUOI ?
JE NE VOUS EN VEUX NI NE VOUS PLAINS
J'AI DES AMIS DANS LES BOIS
QUI N'ONT NI LOI NI FOI NI ROI
pierre duys